Rita Mutesi

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M.M.:: Bon...Bonjour Rita, R.M:: Bonjour [en souriant] M.M.:: Je voulais d'abord te remercier d'avoir accepté de nous accorder cette entrevue. Pour les besoins de ceux qui en auront accès et ceux qui pourront...la consulter, je vais

te demander de t'identifier, de me dire le nom, le lieu de ta naissance et puis si c'est


possible aussi le moment. R.M:: Je m'appelle Rita, je suis née au Rwanda,


[inaudible] ...dans la préfecture de Butare, ça a changé de nom, ça s'appelle Huye maintenant


et je suis [j'ai?] grandi là-bas [inaudible] tout le temps.
M.M.:: "...". R.M:: Ouais, jusqu'à [essaye de se souvenir de la date] jusqu'en 94 en fait, moi j'ai quitté en 94. M.M.:: Ok, merci beaucoup. [inaudible] toi tu me disais que tu es née dans ce qui était

Butare qui est devenu maintenant Huye. [inaudible] si tu permets, je vais te demander à propos


de ta famille, tes parents "...", ta naissance ou même avant


"...". Ils faisaient quoi dans la vie? R.M:: Mes parents, en fait mon père travaillait


pour une institution d'agronomie ... on est né [inaudible].moi je suis née, en fait,


tous mes frères et sœurs, on est né à Rubona. C'est un centre [inaudible], de recherche


agronomique et mon père travaillait là-bas comme comptable du centre.
M.M."...". R.M:: Et ma mère "..." Ma mère "...". Moi quand j'étais très, très petite, elle enseignait"...". Oh mon Dieu, je ne m'en rappelle pas comment

on pourrait appeler ça. On appelait ça les foyers, c'était des dames, en tout cas.


M.M.:: Ah ok! qui apprenaient des genres de métiers.
R.M:: Qui apprenaient à organiser la maison mais j'étais très petite, on me l'a raconté plus tard et je suis la quatrième et "..." elle a arrêté de travailler [en riant]. En fait,

moi je l'ai pas connue pendant qu'elle travaillait. M.M.:: Ah ok.
R.M:: Quand je "...". Quand j'étais petite, elle était à la maison et je crois même qu'elle avait arrêté avant, et puis elle retournait de temps à temps mais ce n'était pas un travail officiel qu'elle faisait tout le temps. Donc, moi je suis née "..." pendant

que ma mère elle était à la maison. Une maman à la maison.
M.M.:: Donc tu me dis que tu étais la quatrième mais en fait vous étiez combien d'enfants

en tout. R.M:: On était six enfants, j'avais deux
sœurs et trois frères. M.M.:: "...". R.M:: Trois garçons et trois filles. M.M.:: Et tu étais la quatrième, je suis curieux de savoir "...". R.M:: [Coupant la parole] Je suis la quatrième c'est même pas vrai, je suis la cinquième. M.M.:: L'avant dernière. R.M:: Parce que derrière moi, il y'avait juste un garçon [rires] oui. M.M.:: Ce que je viens de comprendre c'est que tu es la dernière des filles. R.M:: Ouais! M.M.:: Ok "...". Donc si on revient encore de ce temps-là, papa travaillait, maman était plus à la maison, tu avais des grands frères

et des grandes sœurs. R.M:: [hoche la tête]
M.M.:: À ta connaissance et bien à tes souvenirs, comment se passait l'éducation "...", des

parents envers les enfants? Qu'est-ce qui était plus important? Est-ce que c'était
la même chose pour les garçons que pour les filles? Est-ce que t'en as des souvenirs? R.M:: Non ce n'était pas la même chose pour les garçons ni pour, en tout cas [rire ] les garçons, c'était très différent, tu dois le savoir [rires] comme tu viens du même pays que moi. M.M.:: Oui [rires] R.M:: Mais "..." en fait, comme dans la plupart des familles rwandaises, je te dirais que c'est plus maman, ma mère, qui s'occupait de l'éducation des enfants. Enfin, nous organiser

[fait des gestes], savoir est-ce qu'on a mangé, nous donner de bonnes valeurs, la politesse,


bien se comporter, s'occuper de la maison pour les filles et bien sûr mon père aussi


mais mon père comme la plupart des papas là-bas représentait plus une figure d'autorité.


Et je me rappelle dans mes souvenirs que quand il rentrait du travail, on baissait le ton


comme presque automatiquement [en riant] même s'il ne nous faisait pas peur. Je me rappelle
que pourtant ma mère était quand même assez sévère. C'était une maman autant sévère

que joyeuse [grands mouvements avec ses mains]. M.M.:: Nous aussi.
R.M:: Elle rigolait avec nous ou elle jouait avec nous. M.M.:: "...". R.M:: Mais quand elle devenait sévère, il fallait vraiment faire vite et c'est elle qui nous punissait, c'est elle qui nous disait quoi faire. M.M.:: "...". R.M:: Mon père, il savait pas punir [en riant]. Il était plus là, je pense que ça se faisait

tout seul. Mais, tu m'as posé la question au niveau des valeurs..
M.M.:: Oui. R.M:: "..." Je te dirais que ce dont je me rappelle, le respect était très, très, très important; l'entraide, la famille, qu'on soit uni, qu'on s'aime parce qu'on fait partie

d'une famille.
C'était très, très, très important. L'école était importante. Ça c'était plus mon papa qui [rires], qui donnait l'ordre. Ce n'était pas très différent des autres familles, ben toutes les familles avaient des variations mais on reconnaît un peu le fonctionnement des familles. Donc aller à l'école c'était important "...". Être honnête, l'honnêteté "..." l'authenticité

et la loyauté je te dirais.
Fallait être très, très loyal, ça papa c'était très clair dans sa tête. C'était à la vie à la mort [rires toutes (R.M, M.M. et A.L.D)]. Oui il y avait tout ça. M.M.:: Est-ce qu'il vous le disait ça, je suis curieuse de savoir, parfois culturellement

comme tu dis c'était automatique ou c'est sous-entendu; est-ce que toi tu as mémoire
qu'on vous le disait en termes clairs ou bien c'était par expérience, par observation?

R.M:: Il y a beaucoup de choses qui se faisaient par observation et évidemment moi j'avais
des grandes sœurs, je les regardais faire, je suivais et il y'a des choses qui étaient

implicites mais on nous le disait aussi.
Ta grande sœur, tu dois la respecter parce que c'est ta grande sœur, bon [rires].

Et "...", et pour l'école oui c'était très clair on nous le disait:: faut travailler
fort, il faut faire des efforts, il faut "...".être ensemble, s'aimer, s'entraider "..." entre

familles "...". Les frères et sœurs ça aussi on nous le disait clairement.
Il y a d'autres choses qu'on suivait, on voyait faire les parents, on observait, c'était vraiment par modèle. On [quatre fois] Moi je pense que pour ma mère avoir des relations c'était quelque

chose d'extrêmement important.
Elle le disait pas un, deux, trois, mais on la voyait faire puis elle nous lançait des

messages à gauche à droite.
Vous ne vivrez pas tout seul, pensez-y, on l'apprenait de cette manière-là [rires].

M.M.:: Oui [rires] R.M:: On se faisait une leçon en fait "...". Des
grands messages attrapés ici et là. M.M.:: Exact. R.M:: Oui. M.M.:: Et quand tu te regardes maintenant de tout ça que tu dis qu'on vous a dit et de ce que tu as observé, à l'âge de maintenant, tu te dis que tu ressembles à qui dans les

deux, que tu tiens à quoi dans tout ça?
R.M:: [souris] Je crois que je tiens des deux. Moi physiquement, je ressemble beaucoup à mon papa.

Mais j'ai beaucoup, mon "..." je te dirais que quand j'y pense, j'ai le caractère de


ma mère.
Je... Ma mère était déterminée, ma mère était, était fonceuse et là-dessus je lui ressemble. M.M.:: "...". R.M:: Et je te dirais que... Parfois, je dis à la rigolade, je dis c'est vraiment dommage que ma mère soit née dans

ce pays-là, à ce moment-là.
Je te dirais, elle serait née au Québec, elle serait première ministre [rires]. Mais sérieusement, elle avait un côté fonceur, elle aimait les gens, elle rigolait.

Ce côté-là j'ai pas beaucoup hérité d'elle d'être drôle comme elle était mais le côté


organisatrice "..." tenir aux gens.
Mais moi j'ai pas beaucoup, beaucoup d'amis comme elle en avait, mais mes amis, j'y tiens.

Et je suis déterminée, je fonce, il y a pas grand-chose qui m'arrête quand je veux
quelque chose. Je crois que ça j'ai hérité d'elle et l'authenticité, la loyauté "..." même si je ne peux

pas te nommer des exemples, mais ça me trotte dans la tête constamment "...". Le respect


ça je le dis même à mes enfants, je l'exige.
C'est pas [rires] c'est pas négociable et je le sais que pour mes parents c'était ça.

Il y a des choses non négociables dont le respect, qu'on soit petit, grand ou jeune
ou moins jeune. C'est extrêmement important pour moi. M.M.:: Tu viens de répondre à ma question qui allait venir. R.M:: Ah! M.M.:: C'était qu'est-ce que tu comptes inculquer à tes enfants qui grandissent au Québec?

R.M:: Ah mais il y a plein de choses dont [répété plusieurs fois] ça là.


Évidemment "...", j'ai "..." rencontré quelqu'un.
Là je saute du coq à l'âne [rires]. M.M.:: Ça va, c'est ça [rires]! R.M:: Mais j'ai rencontré quelqu'un qui dit... puis j'ai aimé la façon dont elle amène les choses. Elle travaille, elle travaille avec les enfants. Moi, je travaille dans les écoles. Alors, j'ai invité une personne qui fait de l'animation littéraire et qui travaille

sur l'interculturel, sur la tolérance, se connaître et quand elle a abordé ce thème-là,


elle a dit aux enfants, c'est une femme qui vient de "..." originaire de France.
Elle a dit aux enfants, moi je porte beaucoup de pays en moi. M.M.:: Wow. R.M:: Et puis-là, elle a expliqué qu'elle porte la France, qu'elle porte le Québec, qu'elle porte le Canada, qu'elle porte d'autres pays parce que ses parents viennent d'ailleurs. Et elle demandait aux enfants, quels sont les pays que vous portez et puis elle est

arrivée à moi puis elle m'a dit: "quel pays tu portes?".
Et vraiment ça m'est restée et là, dans ce que je veux inculquer à mes enfants, je me suis dit ben, je porte tellement de choses [rires]. Je porte beaucoup quand même beaucoup de pays parce que je suis passée par le Rwanda mais j'en ai connu d'autres et donc ce que je veux leur inculquer vient autant de ma culture d'origine que d'ici. M.M.:: "...". R.M:: Et le respect est important mais "...". Il y a quelque chose que je ne sais pas le nommer, je vais l'appeler liberté mais c'est pas

tellement la liberté pour le mot liberté"...". C'est de se sentir soi-même.


Je ne veux pas dire libre pour qu'on pense qu'on se fout des gens parce que y'a toujours


comme une variation quand on parle d'un mot mais d'être soi et de se sentir soi-même.


Ça c'est quelque chose que je voudrais inculquer à mes enfants.
Et j'essaye de le vivre. Je me dis qu'il va falloir qu'ils le sentent que moi je suis moi, que je le vis, que j'assume

ce que je suis.
Je l'assume pas toujours s'est pas grave, on est humain. Mais, j'aimerais ça que, qu'ils apprennent à être soi, eux-mêmes, soi-même et à

se développer mais ne pas perdre le sens d'eux-mêmes et ça je le tiens autant de


ma culture que de la culture ici.
Parce que j'ai grandi là-bas mais quand on a grandi au Rwanda, on le sait qu'il y a des

bouts ou "...". Même si profondément on se sentait fier d'être soi-même mais


on était tout le temps basculé là.
Vraiment de l'intérieur qui n'avait presque pas d'espace pour être soi-même et ça vraiment

je remercie le ciel de m'avoir amené ici parce que je sais qu'on peut être malade,


on peut être n'importe quoi mais on a le choix d'être soi-même.
Et ça j'aimerais ça l'inculquer à mes enfants. M.M.:: C'est très beau (rires), c'est beau ça. "..." Là on parlait de ce que tu as eu que tu portes encore et que tu vas transmettre.

Puis j'ai parlé de ta famille mais je sais que parfois la famille est élargie au-delà
du noyau familial. Je voudrais savoir si tu as souvenir de tes grands-parents, de la famille de tes parents,

l'histoire de tes grands parents, tes tantes, tes oncles, tu les as connus, tu les as côtoyés
dans ta vie?. R.M:: Moi, je n'ai pas connu mes grands-parents paternels, sont décédés avant ma naissance.

Je n'ai pas connu mon grand-père maternel mais on avait un grand-père substitut si


tu veux, qui était l'oncle de ma maman et ma grand-mère, la vraie grand-mère maternelle,


je l'ai connue énormément. Elle est dans mes souvenirs tout le temps. Elle est dans
mes anecdotes et là [rires]. Oui elle a, parce que quand j'étais jeune, ma mère était

la plus jeune de ses enfants, en fait de sa famille et elle avait perdu ses frères et


sœurs dans une épidémie de, mon dieu je ne m'en souviens plus très bien. Et sa mère


était devenue handicapée, quand elle a su que son, que son, un de ses garçons est décédé,


elle a fait une chute et elle s'est cassée le pied et le temps que ça guérisse et tout.


Elle est venue habiter chez nous. Pendant un temps. Et donc moi je l'ai connue tout


jeune mais ça j'en ai pas vraiment souvenir exact, réel. Et après, on lui a fait construire


une maison quelque part, elle est partie habiter ailleurs et quand j'ai eu je te dirais 11,


11, 12 ans, elle est tombée souvent malade, elle était très seule. Elle est revenue
habiter à la maison. M.M.:: "...". R.M:: Et elle m'a élevée autant que ma mère m'a élevée [rires] et donc j'ai des souvenirs

très, très clairs de ma grand-mère maternelle. Elle est décédée d'ailleurs, elle est décédée


[essaie de se remémorer de la date] en 89. Donc j'ai eu le temps de la connaître longtemps.


M.M.:: Ce serait très intéressant "...". De voir comment tu as vécu avec une maman et
une grand-maman? C'est comme deux mamans à la maison [rires]. Est-ce qu'à un certain

moment, tu sentais la différence de "...". Dans leur approche avec les enfants?
R.M:: Oui! Mais "...". Comme je te disais ma mère elle pouvait être très folle entre

guillemets [fais le signe des guillemets]. Elle pouvait être très, très proche de
nous, puis elle était tellement sévère à certains moments que c'était clair que

la limite a dépassé, on ne peut pas la dépasser à la faire dépasser, on ne peut pas la dépasser
[rires]. M.M.:: "...". R.M:: Et à ce moment-là, ma grand-maman jouait l'autre rôle. De celle qui chouchoute,

de celle qui câline, de celle qui se rapproche de nous, de celle qui nous dit "..." "attention"
ou qui dit "faites attention, votre maman n'est pas de bonne humeur". M.M.:: [rires] R.M:: [rires] Oui, alors ça je m'en souviens

encore beaucoup, beaucoup et puis elle était drôle et puis elle avait tout un caractère


ma grand-maman [rires]. M.M.:: (rires)As-tu eu la chance de côtoyer


aussi les oncles et les tantes? R.M:: "..." Alors l'autre, le grand-papa
dont je te parle "substitut" avait des enfants. Et ses filles... et ses filles pendant les vacances étaient presque tout le temps à la maison. Écoute, on était une vingtaine

ou une trentaine à la maison, tout le temps pendant les vacances quand j'étais jeune,


je m'en souviens encore. Et "..." mais après, mes sœurs les ont connus davantage


parce qu'elles sont beaucoup plus vielles que moi. Moi, j'étais évidemment la plus
jeune. En 73, quand il y a eu les émeutes. M.M.:: Le coup d'état.

R.M:: Oui, le coup d'état au Rwanda, ils sont partis en Europe. Et donc eux je, j'en


avais quand même, je les avais côtoyés jeune mais c'était des tantes qui venaient


pendant les vacances. M.M.:: Est-ce qu'ils vous donnaient aussi "..." Ils
étaient aussi là pour éduquer, pour chouchouter "..." les nièces, les neveux?

R.M:: En fait, il y en a une qui a joué beaucoup, beaucoup avec nous "...".Elle nous faisait
à manger en nous racontant des histoires, elle nous appelait par des noms "...". Je ne peux pas le dire en français là mais [rires]. M.M.:: C'est en kinyarwanda, on va essayer [rires]. R.M:: Mais, elle disait, elle disait, elle avait toujours des noms oh Mabuja [inaudible]

oh Kagaragunahatsekera en tout cas [rires]. Elle avait un petit nom pour chacun mais qui


faisait référence à la loyauté là. M.M.:: [inaudible]
R.M:: Et ça, je m'en souviens. M.M.:: Et les enfants aiment ça. R.M:: Ah oui, oui, elle a joué beaucoup avec nous. Oui [rires]. C'est elle qui nous lavait,

c'est elle qui nous donnait à manger "..." Oui. M.M.:: Ouais c'était bien, c'était bien [inaudible]


si je puisse dire. R.M:: Non, moi je pense que je "...". J'ai
eu quand même une enfance heureuse. J'ai et puis "...". Je suis née dans un milieu,

je pourrais dire stimulant dans la mesure où... c'était un endroit de recherche donc


on côtoyait des gens éduqués. On côtoyait beaucoup d'étrangers, on jouait avec des


enfants des expatriés qui travaillaient là-bas. Juste à côté de chez nous, on avait une


maison où habitait une communauté chinoise qui venait planter le riz. Donc, on a connu


très tôt des gens de différents pays là et comme c'était un endroit de recherche


agronomique, on plantait beaucoup de fleurs, beaucoup "...". Beaucoup de fruits puis


"...". J'ai l'impression que les odeurs sont encore imprimées dans ma tête. Quand
je vais à l'épicerie, quand je vais chez Adonis souvent je dis "han", ça sent le chez moi, ça sent quelque chose, la goyave! M.M.:: Hop! R.M:: Ça c'est toujours dans ma tête [en s'exclamant], pis là je me, mais qu'est-ce qui sent finalement la goyave mais ça tu sais on les cueillait en allant à l'école pis on les mangeait sur le chemin de l'école [en riant]. C'est des choses que tu restes [avec?]. M.M.:: C'est ça, j'ai eu la même "...". J'ai eu la même sensation dans une épicerie quelque part. R.M:: Oui [rires]. M.M.:: Y'a pas longtemps [rires]! Y'a pas longtemps ça sentait les goyaves. R.M:: Oui.

M.M.:: [Soupir] Je vais revenir sur tes frères et sœurs. Tu étais la petite, l'avant-dernière.


R.M:: L'avant-dernière. M.M.:: Et....comme je disais tantôt, des parents,
tu te dis ben... j'ai eu les deux mais je tiens ça de tel, je tiens ça de tel. Je me souviens de ça. Comment tu décris la relation avec tes frères et sœurs?

R.M:: Je te dirais qu'y a eu comme plusieurs étapes. Moi, je suis parmi les derniers et


je "...". En fait, mes sœurs ce sont les deux premières. Ensuite après il y a


deux garçons et il y a moi et il y a mon frère. Alors moi quand j'étais jeune, j'ai
joué beaucoup, beaucoup avec les garçons. J'étais presqu'un garçon manqué. Mais comme on nous élevait en nous disant "voici les tâches des filles voici les tâches des garçons",

je crois que j'ai appris à m'imposer dans un groupe de garçons [rires]. Parce qu'il
fallait que je trouve une place. Et donc, la relation avec mes frères était assez

"...". On était très proche et puis on n'était pas en tout cas "...". Celui
que je suivais, "...", j'avais deux ans de moins que lui, l'autre qui était derrière moi deux ans, deux ou trois ans moins que moi. Et puis, mes grandes sœurs étaient

beaucoup plus vieilles, c'était les sœurs-là qui arrivaient, qui allaient étudier à l'extérieur,
qui revenaient pendant les vacances en tout cas. Et puis là, la plus vieille était vraiment

presque comme une maman. Pourtant, elle était pas très, très vieille. La deuxième, c'était,


celle qui"...". C'était celle qui était "..." comme le centre [rires].


M.M.:: Passe-partout [rires]. R.M:: Oui puis elle était vraiment, vraiment
drôle mais en même temps quand elle arrivait c'était "ah est-ce que les enfants ont mangé?

" Mais les enfants c'était pour elle c'était mon frère. Mon petit frère. C'était vraiment
son petit chouchou. Il fallait qu'elle s'en occupe, il fallait qu'il couche tôt, il fallait

qu'il mange à temps. Vraiment c'était son petit bébé. Et je comprends parce que quand
j'étais plus jeune, on me disait que quand mon frère est né, ma sœur la deuxième, elle voulait toujours s'occuper du bébé. M.M.:: Ok. R.M:: Du bébé qui était le plus jeune et qui était "...". Et on lui demandait de s'occuper de moi. M.M.:: [rires] R.M:: Elle aimait pas ça [rires]. M.M.:: Elle voulait l'autre. R.M:: Elle aimait pas ça et elle avait un caractère incroyable, alors elle se localisait

pour qu'on la chicane et pour qu'on lui dise:: "non tu peux plus t'occuper de l'autre [rires]
non plus. A.L.D:: [rires] M.M.:: [rires] Elle est bonne.. R.M:: Oui alors ça, ça teinte les relations même si on était très proche. Mais elle

s'est jamais occupé de moi. Elle s'occupait de l'autre [rires.] On lui [?] tellement empêchait
de s'occuper de lui que quand elle a vieilli, ben elle a décidé de faire le contraire.

Mais sinon jeune, je jouais beaucoup avec et là tout d'un coup, j'étais, on dirait


que "...". La plus vieille était mon modèle, était mon modèle, était bonne


à l'école. C'est elle qui assurait l'ordre un peu avec les parents à la maison. C'était


elle qui assurait les tâches:: "qui a fait ci, qui a fait quoi" parce que ma maman, elle


était très exigeante là-dessus "...". C'est le jour de tel pour faire ci, c'est le jour
de tel pour faire ça là [rires]. M.M.:: Oui, ça a pas été difficile quand toi tu t'es rendu ici [rires]. R.M:: [rires] Alors c'est la plus vieille qui s'en occupait beaucoup. Elle est devenue un peu comme mon modèle. Mais sinon "...". Quand

je suis devenue plus vieille ça s'est équilibré. Ça a changé tout seul [rires].
M.M.:: Oui, c'était une question de curiosité. R.M:: Oui. M.M.:: Parfois ça pogne la chicane entre un pis la compétitivité avec un autre et puis

on garde ça, on grandit avec. R.M:: Oui.
M.M.:: C'était surtout là, ce côté-là que je voulais explorer. R.M:: Oui mais je te dirais que c'était assez "...". En tout cas avec mes sœurs quand

elles sont devenues plus vieilles, évidement"..." autant elles étaient proches autant que quand
elles chicanaient, elles chicanaient fortement aussi. Parce qu'il y en a une qui avait un grand caractère là, la deuxième. Et là, je me retrouvais comme médiatrice mais malgré

moi. Mais sinon moi j'ai beaucoup, beaucoup joué avec mes frères car je suis restée
longtemps avec eux. Quand mes sœurs se sont mariées puis finalement c'est moi qui suis restée à la maison avec les frères. J'ai eu plus de temps avec les garçons. Oui. M.M.:: On a parlé beaucoup de la famille c'était très intéressant. Tu m'as dit que tu es

restée là, tu as grandi là finalement jusqu'en 94. Donc, j'ai compris que tu as étudié
là-bas aussi ton école primaire? R.M:: Oui. M.M.:: Et est-ce que tu as des souvenirs des professeurs qui t'avaient marquée, des amis

que tu aurais eu à l'école primaire, de petites anecdotes de la vie de petite fille
à l'école? R.M:: Écoute, je me souviens juste d'un professeur

ou une dame d'ailleurs. C'était notre voisine. Elle m'a marquée parce que c'était vraiment


un bon professeur et c'était ma voisine aussi. Je ne me souviens pas, mon Dieu le primaire


c'est loin [rires]. M.M.:: [Rires] Ouais.
R.M:: Et là je me souviens de ce qui se passait en classe. Je sais que je l'aimais beaucoup, profondément. M.M.:: Elle t'enseignait à quel niveau? R.M:: Pardon? M.M.:: Elle t'a enseigné en...? R.M:: En cinquième année. M.M.:: Quand tu dis que c'était un bon professeur,

c'était quoi? Qu'est-ce qui te reste qui t'as marqué d'elle?
R.M:: Elle nous questionnait, elle voulait que tout le monde réussisse, elle s'occupait

beaucoup des jeunes. Elle trouvait, ça je me souviens qu'on avait ... celui qui était


le principal là "...". M.M.:: Le directeur genre "...".
R.M:: Le directeur! Il était un peu spécial et elle était toujours en train d'aller revendiquer, d'aller lui dire que ce qu'il fait ça n'a pas de sens, c'est pas ce que les enfants

vont apprendre. Ça je me souviens mais le reste, je ne m'en souviens pas de grand-chose


[rires]. M.M.:: As-tu des copines qui datent de cet
âge-là? R.M:: Non. Mais j'en ai une, ce n'est pas

une copine mais une, une personne d'enfance qui a joué avec moi quand on était petites.


Et on s'est perdu de vue évidemment à un moment donné mais l'année dernière, elle


m'a envoyé un courriel. M.M.:: "...".
RM: Et j'en ai d'autres qui n'ont pas été vraiment à l'école avec moi mais quand on

était jeune, on, on habitait "...". En fait, c'est comme un village où on habitait.


C'est comme un quartier en dehors des autres. Et on se connaissait tous, puis il y'avait


beaucoup d'enfants et on allait tous à l'école ensemble puis on s'attendait. Puis il y'avait
une espèce de pierre, une espèce de pierre. Une pierre vraiment juste à l'entrée de..,

du centre. Et je me souviens que pour savoir que tel est parti, on se servait des pierres


là pour pouvoir s'identifier, tout le monde avait sa pierre alors quand je passais je
savais ah, tel ami est parti, tel ami est parti, puis on savait où on s'attendait. M.M.:: Wow! [rires de tout le monde] Mais tu vois ça ramène des choses. R.M:: Oui mais alors y en a une autre qui habite à Toronto je l'ai su récemment.

M.M.:: C'est bon ça. Donc, après ça, le secondaire tu l'aurais appris, ah tu l'aurais


fait dans le même quartier? R.M:: Non, non le secondaire je l'ai fait
à l'internat comme la plupart des gens-là. M.M.:: Te souviens-tu comment ça s'est passé le passage du primaire au secondaire? R.M:: Ça a été plutôt facile pour moi

parce que j'avais "...". M.M.:: [Tousse]
R.M:: J'avais des grandes sœurs-là qui étaient passées par là. Puis là-bas tu sais comment

c'était. On faisait des examens nationaux et puis [reprend sa voix] pardon. Et puis,


on avait accès à l'école secondaire et puis on attendait ce moment-là comme très


spécial. Alors, moi j'ai eu la chance d'y aller directement parce que la plupart d'enfants


refaisaient l'examen, refaisaient la 6ieme année, refaisaient l'examen mais moi je l'ai
eu du premier coup. M.M.:: "...". R.M:: Et je suis allée au secondaire et ma sœur avait des amies à l'école où j'allais

alors ça s'est plutôt passé bien mais ça a été les trois ans que j'ai passés là-bas,
ça a été trois années intéressantes pour un enfant. Bien sûr, on était à l'internat,

on avait une bonne directrice. On était des jeunes, on s'aimait bien, on s'amusait bien


ensemble. M.M.:: "...".
R.M:: Il n'y avait rien de "...". M.M.:: Rien de particulier, rien de difficile pour un enfant qui quitte sa famille pour aller s'établir à l'internat finalement? R.M:: C'était "...". Dans le fond c'était joyeux de savoir que toi tu quittes la famille

pour aller étudier alors que les trois quarts, 90 % [rires] des enfants restaient là. Alors


c'était un privilège. C'était quand même un privilège de partir; on t'achetait une
valise, tu ramassais tes choses et tu t'en allais, une grande fille-là qui s'en va au secondaire. M.M.:: Oui. R.M:: Et là, on se retrouvait avec d'autres enfants, on "...". M.M.:: Mais rien n'empêche que, si j'ai bien compris ton histoire, d'un papa qui travaille

avec les étrangers dans un milieu de recherche, vous étiez une famille pas mal aisée si
je peux me permettre de dire ou "..." R.M:: "..." Aisé c'est un grand mot. Bon, on n'était pas pauvre [rires]. M.M.:: Non ma question, c'était que "...". Moi ma vision dans l'internat, fallait tout faire. Il fallait laver, il fallait nettoyer, il

fallait faire les choses puis "...". R.M:: Oui.
M.M.:: Les enfants qui viennent des milieux comme j'essaie de décrire le tien, ils n'étaient pas habitués à faire tout ça. R.M:: Ah mais là, je t'ai dit comment était ma maman. M.M.:: [Rires] R.M:: On faisait tout ça déjà [rires]. M.M.:: Vous étiez bien préparés. R.M:: Les garçons moins; parce que les tâches comme ça étaient destinées plus aux filles.

Mais je te dirais que même mes frères lorsqu'ils rentraient à la maison, ils lavaient tous
leurs draps et toutes leurs choses avant là. Mais moi je n'ai pas eu ce problème-là. Tu sais, tu sais comme je te dis, je suis restée avec les garçons. Écoute c'est moi,

c'est moi qui balayais la cour même si on avait des... des domestiques. C'est moi qui
faisais les lits à la maison. C'est moi qui "..." les jours d'écoles... non mais les dimanches, écoute, je nettoyais, je faisais le ménage et toutes sorte de choses-là. M.M.:: "..." Donc ça a pas été difficile l'internat. R.M:: Non, non pas là-bas! Pas... pas les trois années qu'on appelait le tronc commun

là. Non, j'ai eu de bons contacts avec les enfants puis on avait quand même au moins


une fois par mois de la visite des parents. Bien sûr, on s'ennuyait. Au début, on s'ennuie


comme tous les enfants. Mais après ça on n'y prend goût. C'est juste la nourriture


qui nous manquait [rires]. M.M.:: [rires] Est-ce que si je comprends bien,
après les trois ans, il fallait partir encore de l'école? R.M:: Après trois ans, il fallait évidemment faire un autre examen. Moi je ne fais pas.

En fait, ceux qui sont arrivés après moi..., après moi, il y'avais une réforme scolaire.
"..." qui a fait que les enfants faisaient le primaire en huit ans puis ensuite allaient

"..." allaient, on appelait ça les sections... [pose la question à Monique]? En tout cas.
M.M.:: Oui mais ils restaient dans la même école pour huit, six ans encore. R.M:: Six ans et c'est ça, ils restaient dans la même école. Pour nous on allait trois ans dans une école. On finissait le primaire, on allait trois ans dans une école. Pis là, on faisait un autre examen et là on nous orientait autrement. On allait trois

ou quatre ans dépendamment dans une autre école. Alors, moi quand j'ai fini et c'est


là où c'était, j'ai trouvé ça dure. J'ai fini le tronc commun. J'ai fait les examens.


J'étais quand même une bonne élève et "...". On m'a envoyée dans une école


normale de deux ans. M.M.:: Ouche.
R.M:: Ça c'était un cycle court. Et ça, ça m'a profondément fait mal [rires]. Vraiment

profondément fait mal et à ce moment-là, le ministre de l'éducation était..., était


un ministre assez...qui venait du Nord et qui on savait, voulait écraser tous les jeunes


de Butare ou d'ailleurs. Et je pense que, la majorité de Tutsi qui étaient à l'école


sont partis... dans les cycles courts. C'était arrivé juste l'année d'avant à mon frère
qui, en finissant sa sixième année, avait eu accès au séminaire. Aurait-il pu avoir un autre choix ? Et donc, ça, ça m'a fait profondément mal parce que je pensais que

je méritais mieux. Et que j'avais dans ma vision d'enfant élevé "..." on lui disait,


on disait que c'était bon l'école que c'était important; qui moi, ce que je voulais, qui


avait un modèle, ma sœur qui était à l'université et qui s'était fortement battue pour en arriver


là. Moi, je voulais aller à l'université évidemment. Mais, je voyais que mes chances


étaient coupées en dix parce que le cycle court "..."..
M.M.:: Ça ne donnait pas accès. R.M:: Ça donnait pas accès à l'université.

Et donc, je suis allée là. M.M.:: Puis après?
R.M:: Je suis allée là, tu veux que je te raconte tout ça (rires). M.M.:: [Rires] Mais, je suis curieuse de [inaudible] comme c'était supposé s'arrêter? R.M:: Non c'est drôle, je suis allée là! Moi j'ai fini mes deux années. Quand j'ai fini, on m'a dit:: ''Ok tu vas aller enseigner''. J'ai dit: ''il n'en est pas question''. Mais je ne savais pas trop ce que j'allais faire [rires] et mon père me disait mais là tu n'as pas de choix. On peut toujours tenter quelque chose, on tentait, on tentait et ça

n'a pas fonctionné. Je pensais qu'on pouvait me donner accès en tout cas m'envoyer dans


une autre école. Mais il fallait travailler fort, aller faire les demandes au ministère,


utiliser les connaissances et c'était trop compliqué. Et je crois que mon papa était
fatigué de se battre avec tout ça et moi ce que je t'ai pas dit c'est que ma mère est décédée quand j'avais "...". Quand j'étais à cette école là justement. En 86 [chuchotant], en 86 et c'est ça ma maman était décédée entre temps. Et je crois

que ma mère n'aurait pas accepté ça. C'était la plus fonceuse des deux. Et là, je me disais::


''c'est pas possible''. Et d'avoir perdu ma mère et là je m'en vais finir enseigner


dans une brousse, je n'en revenais pas. Mais entre temps, ils ont ouvert deux, dans deux


écoles, un cycle long pour les gens comme moi qui avait fait le cycle court. Et puis


finalement par des passes, passes à gauche à droite, je suis rentrée dans une école


[rires]. Et j'ai fini mon humanité là et j'ai eu accès à l'université. Bien sûr,
tout ça là c'est des étapes extrêmement compliquées, ça nous prendrait deux jours à expliquer tout ça. Mais j'ai fini à l'université. M.M.:: Fonceuse finalement. Ça a fonctionné

[rires]. R.M:: Je ne sais pas si c'est la fonceuse
ou la "...". Je sais pas ce n'est pas moi qui le faisait. Parce que j'étais quand même assez jeune. Mais j'insistais assez pour qu'on le fasse [rires].

M.M.:: C'est bon ça. R.M:: Ou "...".
M.M.:: À part cette mauvaise expérience du passage de l'enseignement du tronc commun

à l'enseignement finalement à l'enseignement qui mène à la carrière. Est-ce que tu as


d'autres souvenirs de ton école secondaire quand on parlait du Rwanda et de toute l'histoire


qu'on connaît maintenant. On parle de la discrimination, on parle de justement de l'accès
difficile au secondaire pour certains et facile pour les autres, des professeurs qui ou des

éducateurs, qui auraient "..." d'une façon ou d'une autre auraient positivement


ou négativement malheureusement "..." ben montrer des idées ou des idéaux puisque


ça pourrait nuancer ou affecter ton cheminement. Est-ce que tu as expérience de...?


R.M:: Mais en fait, le tronc commun là, c'est peut-être, ça fait partie des éléments


qui font que ça a été positif pour moi. Il y avait quand même beaucoup de gens du
Sud, il y avait beaucoup d'enseignants plutôt tutsi. Et on avait une directrice intéressante,

le climat était bon "...". Pendant que je faisais mon cycle court, je ne l'ai pas


tant senti à part cet épisode ou moi je savais que j'étais "...". En tout cas
je trouvais ça injuste que j'en sois rendue là. Mais pour terminer mes humanités, oui

j'ai senti en tout cas "...". D'abord j'étais à Cyangugu.
M.M.:: [rires] Oui. R.M:: Et "..." On avait beaucoup de professeurs

zaïrois et burundais. Des burundais qui ont quitté leur pays parce qu'ils sont réfugiés.


Qui ont été chassés de leur pays et qui nous aimaient particulièrement [pas?] et


ça j'en ai des souvenirs très, très clairs! Là où j'étudiais pour être enseignante
et on me faisait des remarques, il y en a un qui arrivait et qui me disait:"T'as

pas écrit ton ordre du jour ou ta leçon au début". J'ai pas écrit ma leçon, elle
est très bien écrite ma leçon. Mais vraiment là il fallait constamment et même les sœurs

de là-bas, fallait constamment "...". Mais bien sûr, c'était une école où les règles


étaient d'une rigidité maladive. Et moi la rigidité et moi ça fait deux. Et il y


avait ces gens-là, beaucoup, beaucoup de burundais qui venaient du Burundi qui ne nous


aimaient particulièrement pas, en tout cas qui nous "...", qui devaient trouver qu'on
ressemblait trop à ceux qui les ont chassés [rires]. M.M.:: [Rires] Oui. R.M:: Mais ça j'en ai des souvenirs négatifs.

De professeurs-là qui vraiment auraient aimé qu'on échoue, qu'on ne soit pas là. Ça


j'en ai des souvenirs négatifs puis ça m'a..., ça aussi ça m'a marquée mais bon.
M.M.:: On va..., ça reste avec. R.M:: Ben ça nous a appris "...". Des fois je dis aux gens, vous ne savez pas par où on est passé mais ça nous a grandi quelque

part. Ça nous a permis en tout cas de prendre les choses plus légèrement [rires].


M.M.:: [Rires] Oui. Et puis des collègues étudiantes est-ce qu'il y en avait qui montraient


aussi...? R.M:: Ah oui, oui, oui, parfois y'avait des
clivages très clairs. Même qu'on nous a déjà, même qu'on avait déjà "...", à

un moment donné, je m'en souviens j'étais au secondaire, c'est l'équivalent du secondaire
en tout cas là-bas. C'était la 6ieme année en fait, il me restait une année pour finir

parce qu'on faisait, j'étais en enseignement, puis on faisait quatre ans. Et "...", je


me souviens qu'on nous avait convoquées et qu'on nous avait dit qu'on "...", on fomente


des histoires, qu'on fait une clique de Tutsi mais nous on ne savait pas du tout de quoi


on parlait. Et puis là on avait dit telle est la présidente, telle est la sous présidente.
On nous avait toutes alignées et donné des rôles. M.M.:: Mais qui vous disaient tout ça? R.M:: Ça ce sont les sœurs. M.M.:: Religieuses. R.M:: Religieuses. Mais sûrement que ça partait des élèves. Je ne sais pas d'où ça partait. Mais on nous avait dit que voilà Claire c'est la présidente puis Rita t'es la vice-présidente. ''De quoi vous parlez? Premièrement qu'est-ce qu'on va faire? Qu'est-ce que vous pensez qu'on peut faire dans une

école fermée complètement''. Oui, ça je m'en souviens très bien. Oui, il s'est passé


des choses de ce genre-là [rires]! M.M.:: Oui, là tu me fais penser à une autre
question. Tu me dis, mais nous, on savait pas de qui on parlait, de quoi on parlait. J'aillais te dire, à ta connaissance, quand est-ce que tu t'es rendue compte que tu étais

tutsi? R.M:: Mais quand même au primaire, on nous
le demandait là pendant qu'on savait pas ce que c'était, on nous disait:: ''les Tutsi mettez la main en haut, les Hutu mettez la main en haut''. Tu t'es jamais fait poser ces questions-là? M.M.:: Si [rires]. R.M:: [rires] Et ça je m'en rappelle, j'avais peut-être sept, huit ans mais honnêtement

je ne savais pas ce que ça voulait dire me je m'en rappelle même au primaire, là ça


me revient. Même au primaire, on se faisait dire:: ''ah regarde, elle est tutsi'' mais


ça rimait à rien. M.M.:: [rires]
R.M:: Oui j'en étais consciente, je n'en étais pas consciente mais je le savais [rires]

oui..
M.M.:: Est-ce qu'à ta connaissance, des conversations que tu as eues avec tes parents, il y aurait

eu à un certain moment, on devait s'asseoir et puis vous dire de quelle ethnie vous étiez


et de faire attention parce qu'il y a des clivages comme tu dis ou des haines.
Est-ce que tu t'en rappelles avoir eu une conversation avec des parents? R.M:: Non, mes parents n'en parlaient pas. Je pouvais entendre des choses dans les conversations d'adultes. Mais nos parents nous en n'ont pas parlé ouvertement. Plus tard lorsqu'on est devenu plus vieux, parce que nous-mêmes, on provoquait les conversations.

Mais la fois où je me suis rendue compte qu'il se passait quelque chose de pas net,
c'est justement en 73. En 73 moi j'étais jeune quand même assez jeune mais je me rappelle des familles qui

étaient nos voisins qui sont parties et chaque soir je m'en rappelle encore.
Je crois que mes parents étaient une des familles en tout cas un des couples les plus

âgés du quartier.
Et chaque soir, ça durait deux semaines au moins, on se retrouvait avec les mêmes personnes

dans la maison tous les soirs.
Toutes les personnes, qui sûrement étaient tutsi [rires] qui était du quartier, se retrouvaient

chez nous tous les soirs.
Et ça j'en ai la nette..., l'image est encore très, très claire. Et ce soir-là, en plus ce soir-là mon père, il y'a quelqu'un qui l'a menacé au travail.

Et je ne me souviens plus, mais juste avant le changement de pouvoir, on l'a renvoyé.


M.M.:: De son travail.
R.M:: De son travail. Alors ça je m'en souviens. Et ça je me souviens qu'il a eu quelque chose, on ne m'a pas dit ''tu es tutsi'' mais j'ai compris qu'on était différent. Et donc j'ai grandi un peu avec ça.

On ne nous a jamais dit clairement.
Car bien sûr quand tu grandis tu arrives un peu à l'âge où tu dois passer d'une

étape à l'autre; mettons je finis le primaire, je m'en vais au secondaire.


Je me rends compte que ça ne marche pas; pourquoi pas moi parce qu'on en parlait puis
je sentais. Les parents en tout cas ils vivaient une tension parce que l'enfant, qu'il aille à l'école

[rires] "...". Qu'est-ce qu'on va faire, en tout cas il y'avait une stratégie à préparer
pour que les enfants aillent à l'école. Puis on se rendait compte des bouts et puis on savait qu'on était tutsi. Mais on a grandi entourés tellement d'autres que nous "...", je sais pas "...", on

commençait à se sentir insignifiants [rires].
M.M.:: [Rires] R.M:: C'est pas le bon mot, vous l'enlèverez

ça... [rires].
M.M.:: C'est pas grave. Ben ça sort ce que tu as senti [rires]. Ah oui, c'est le sentiment de ce moment-là finalement, oui, oui.

Et là je t'ai ramenée un peu plus loin, mais avoir ton cheminement, je me disais le


cycle court et ben on s'est arrangé pour que je complète les humanités pédagogiques.


Je pense qu'on les appelait comme ça.
R.M:: Comment on appelait ça? L'école normale ? M.M.:: Moyenne pédagogique. R.M:: Moyenne pédagogique, oui. M.M.:: Quelque chose comme ça [rires] R.M:: [rires] Oui. M.M.:: Est-ce qu'après, soit en cycle court et la suite, les deux autres années que tu avais fait pour compléter, est-ce que t'as eu la chance de travailler? Ou bien entre le secondaire et l'université, est-ce que tu as eu finalement la chance de travailler, ben la chance ou pas, dans ce domaine-là? R.M:: Oui, oui, oui j'ai travaillé mais pas "...". En fait, j'ai enseigné un mois avant d'aller "...". Et, qu'est-ce qui s'est passé en réalité "...". Non, non je n'ai pas travaillé de mon cycle court et mon cycle long.

De toute façon, je ne voulais pas y aller.
M.M.:: OK. R.M:: J'étais encore assez inconsciente de faire des choses idiotes. Après ça, je suis allée étudier. Ensuite, après, en attendant d'aller à l'université, j'ai travaillé, j'ai enseigné un mois.

[Se posant la question à elle-même] Un mois?
Je ne me souviens pas que j'ai enseigné au primaire. Et là, je suis allée étudier à l'université encore en éducation. J'ai terminé le bac en 88.

"...". Et là, j'ai commencé ma licence privée.


M.M.:: Tu fais tout pour ne pas enseigner "...".Ça marche!
[Rires] R.M:: Ça marchait pas [rires]. Mais j'ai enseigné après. M.M.:: [Rires] Finalement. R.M:: J'ai enseigné en 90; de 90 à 93, j'ai enseigné. M.M.:: Je suis revenue à la dernière fois te demander comment c'était à l'université.

Donc, tu venais de quitter le secondaire, quand même tu voyais un peu de tensions puis
"...". Je suis curieuse, je vais te poser la question parce que j'ai le même... presque le même cheminement que toi. R.M:: "..." M.M.:: Mais... l'école normale ce n'était

pas automatique pour aller à l'Université non plus.
Et là je vais me refouler, me défouler sur toi [rires]. R.M:: [Rires] M.M.:: Je vais te demander comment... R.M:: Tu avais moins de [inaudible passe-passe ?] que moi [rires] oui. M.M.:: [Rires] Je te demandais comment t'as fait pour aller à l'Université? R.M:: Mais c'est vraiment très, très drôle à l'Université. D'abord, j'étais à l'école normale à Cyangugu, une école d'une rigidité maladive.

Alors là on nous dit, on nous dit:: ''on peut pas aller à l'Université''.


Moi j'avais, vraiment là, j'avais envie d'aller à l'Université.
C'était mon objectif. C'est d'aller à l'Université mais "toute" était contre moi. Alors rendu là, il y a personne en tout cas, entre guillemets, à part ceux qui avaient

de la force qui allaient à l'Université automatiquement.
Là je disais, on peut quand même tenter quelque chose. Mais là, la directrice nous disait clairement:: ''pour aller à l'Université, vous devez

enseigner deux ans''.
Ma sœur connaissait... ma sœur avait une copine dont le mari travaillait au ministère.

C'était très compliqué.
Donc je disais à ma sœur pourrais-tu aller voir "...". Elle va voir, elle se fait

dire qu'on a envoyé des formulaires quand même dans les "...". Qu'on a envoyé
quelques formulaires dans les écoles normales.

Et puis là c'est bon d'avoir la tête dure des fois, elle me le dit comment ça se fait-il


qu'elle ne nous les a pas donnés?
Alors moi je me ramasse dans le bureau de la direction et je dis: ''je sais que vous avez reçu des formulaires'' [rires]. M.M.:: [Rires] R.M:: Je me suis fait engueuler comme ce n'est pas possible. J'ai dit:: ''mais d'accord, on sait qu'on doit faire deux ans mais le ministère envoie quand même des formulaires. S'il envoie des formulaires, c'est parce qu'il y a des gens qui vont y aller''. Elle n'était vraiment pas contente. Déjà qu'elle n'était pas contente de moi au départ. Ben là elle me dit: ''vous allez travailler, vous allez blablabla "..."''. Je retourne

en classe et la semaine d'après j'y retourne, je dis:'' avez-vous "..."'' est-ce que


vous y avez pensé?
Je vous ai fait une demande, est-ce que vous y avez pensé? '' Et puis là je ne sais pas qui écrit du ministère, en disant ''les formulaires que nous avons envoyés dans les écoles "..."'', ça je l'ai appris après, plus tard, les formulaires

que nous avons envoyés dans les écoles donnez-les quand même aux élèves''.
Et là elle décide qu'elle en donnait, qu'elle en donnait trois. M.M.:: À une classe de combien? R.M:: On était 15-20, je m'en souviens pas mais on était pas nombreuses. Elle vient en classe puis là, elle décide qu'elle en donnait deux, mais elle donne à

la première.
Elle dit: ''selon les notes de ce trimestre''... Moi ce trimestre-là, si elle avait donné à la troisième, j'aurais été la troisième.

Elle donne deux.
Est-ce que tu me crois? Je suis retournée la voir [rires]. M.M.:: [Rires]. R.M:: Je pense que j'étais folle. J'ai dit:: ''mais je ne comprends vraiment pas.

Je ne comprends pas mais donnez-les-nous.
Pourquoi vous ne les donnez pas? C'est le ministère qui va décider. S'ils nous ont envoyé plus "...". '' Puis là, elle dit:: ''comment vous le savez? '' ''Je le sais, je suis allée''. Et je n'étais pas allée, ma sœur m'avais dit qu'on lui avait dit combien on a envoyé dans les écoles. J'ai dit pendant les vacances je suis allée. Et quand j'ai dit ça... c'était tu sais... elle se prend pour une autre. Elle m'a fait languir pendant 2 semaines. Elle est revenue, elle a dit:: ''je vais donner les deux autres formulaires''. Donc elle m'a donné un formulaire.

Et je l'ai complété [rires].
M.M.:: Ça a valu la peine. R.M:: Ça a valu la peine. Alors il a fallu travailler après pour que ça passe mais finalement, ils m'ont donné une bourse et je suis allée à l'école.. M.M.:: [Rires], Alors il fallait qu'on fréquente la même école que toi.

R.M:: Non c'était vraiment du hasard.
Dans mon école, c'était une école compliquée, difficile. Ouais. M.M.:: Donc finalement tu as eu ton Université, t'es rendue à l'Université?

R.M:: Finalement, je suis rentrée à l'Université l'année d'après.
En fait, j'ai eu les vacances, en fait je suis allée enseigner parce que je ne savais pas que j'irais à l'Université. Et puis j'avais l'impression que mon père en avait assez de se battre et puis il me disait:: ''là tu vas aller travailler, tu vas te calmer et bon on verra, tu as fini tes humanités c'est assez''. Écoute, j'en ai pleuré, j'en ai pleuré.

Mais c'est vraiment ma sœur qui a couru après.
Et finalement je suis allée à l'Université, j'ai commencé et j'ai fini mes trois ans, ça été difficile. Et là tu me parlais de "..." réaliser que tu appartiens à un autre monde. Là je l'ai réalisé [rires]. M.M.:: Oui comment? [Rires] R.M:: Mais ce n'était pas quelque chose d'étranger parce que ma sœur était passée par là et qu'elle avait vécu toutes sortes de choses.

Toutes sortes de choses qui te ramènent à te dire ''qu'est-ce que je fais ici''?


Et je suis rentrée en me disant ''j'espère juste que je ne vivrais pas la même chose


qu'elle''.
Et je suis rentrée et j'ai compris clairement que j'étais dans un monde à part. L'université là c'est drôle à dire et c'est dommage mais c'était la jungle pour moi. Surtout quand on était fille. Toi tu n'as pas fait ton... l'Université là-bas? M.M.:: Non, non moi j'ai respecté le déroulement qui m'était imposé [rires]. R.M:: [Rires] T'es plus sage. Oui non là c'était vraiment très clair que tu n'arrivais là et que t'avais pas le

droit d'être là.
C'était très clair qu'on t'attendait et qu'on te le montrait que tu ne devais pas être là. M.M.:: Les collègues. R.M:: Oui les autres, il y'avait beaucoup, beaucoup d'étudiants du Nord et c'était

devenu vraiment deux mondes.
Ce n'était même pas ethnie contre ethnie, là ils avaient inventé des mots là. En tout cas... pour commencer toutes les filles, en guillemets, qu'ils appelaient belles, tutsi

ou pas, qui venaient du sud c'étaient des putes en partant.
Dès que tu mettais tes pieds à l'Université tu étais une pute. Tu étais identifiée comme ça. M.M.:: Pas supposée être là. R.M:: D'abord tu n'étais pas supposée être là, si tu es là, c'est que tu es une pute et que tu as trouvé un moyen d'arriver là et ils te démontraient clairement par des

attitudes, des insultes, des façons de faire.... assez gauches.


Mais bon on finissait par, tu sais, depuis qu'on était jeune, on a appris à tourner


en rond, à trouver les chemins.
M.M.:: Donc on parlait de ton séjour à l'Université. Et comme on en parlait tantôt et moi j'étais en train de me questionner en me disant...puis en se sentant ainsi perçu par les autres. Est-ce que les Tutsi qui étaient là qui disaient "on n'est pas à la bonne place",

vous n'aviez pas tendance à vous grouper maintenant en clique?
R.M:: Oui. M.M.:: Puis ça facilitait la tâche ou ça rendait plus difficile?

R.M:: Je ne sais pas.
M.M.:: [Rires] R.M:: Je ne sais pas mais ça nous sécurisait. Et puis, "..." je te dirais que je crois qu'on n'avait plus rien à perdre, maintenant

avec le recul là .Qu'on soit ensemble ou pas, on nous identifiait d'une manière ou


d'une autre.
On nous reconnaissait, les garçons étaient très grands en général, on nous reconnaissait, on les insultait. Alors d'être ensemble ça nous donnait une force. On n'était pas toujours ensemble avec les garçons parce que les filles et les garçons ne se tenaient pas toujours ensemble. Mais... mais je me rappelle des anecdotes où on se faisait insulter, puis là les garçons

allaient voir ces gens-là puis leur parlaient très clairement pour qu'ils ne disent pas


n'importe quoi.
Et nous, ça nous donnait une certaine sécurité, il y'avait plus rien à cacher de toute façon. On se disait:: ''qu'est-ce qu'on a à perdre?'' M.M.:: Mais ça n'est pas allé juste qu'à éclater puis à faire de "..." R.M:: Ça aurait pu, ça aurait pu. Moi je suis restée quand même à l'Université jusque..., en fait je suis retournée faire ma licence que j'ai pas finie. Ah tu vois ben je vais te raconter ça [rires].

Il arrivait qu'à l'Université, parce qu'on habitait là-bas dans des chambres universitaires


et il arrivait qu'on organise des fêtes et puis je me rappelle des fois où on organisait


des fêtes et on se faisait dire que c'est des fêtes pour fomenter des histoires.
Et je me rappelle une période ou même beaucoup de personnes parmi nous qui avaient participé

à une soirée dansante ont été interviewées.
M.M.:: Par? R.M:: Par "...".comment on appelait ça? Par "...". M.M.:: C'est pas par le service de renseignement? R.M:: Par le service de renseignement. Et à l'Université il y'avait toujours des gens, des étudiants qui travaillaient pour le service de renseignement, tout le temps. M.M.:: Et vous le saviez ou vous ne le saviez pas? R.M:: On le savait, mais on en avait un entre autres quand j'étais au Bac parce que moi j'ai commencé à Butare et on m'a transféré à Ruhengeri.

Et quand j'étais au Bac, il y en avait un ben clairement identifié.
Mais finalement, je ne sais pas comment c'est arrivé mais c'était l'ami à l'oncle de

Charles..., c'était par le biais..., l'ami de l'oncle de Charles.
Ça calmait les choses. M.M.:: Charles qui est ton mari? R.M:: Qui est mon conjoint maintenant. M.M.:: Il était à l'Université en même temps que toi? R.M:: Oui ouais mais "...". Ça c'est des souvenirs. Et on se demandait est-ce qu'on va se faire interviewer. Et d'ailleurs pourquoi ils m'ont refusé une bourse pour aller faire ma Licence, ce qu'on

était sur des listes identifiées.
Des gens non recommandés qui sont contre le pouvoir. D'où ça venait, personne le sait.. M.M.:: Dans ses interviews on vous demandait quoi? R.M:: Moi je n'ai pas participé aux entrevues. Mais on posait des questions:: ''qu'avez-vous fait'' "...". M.M.:: Des interrogatoires finalement. R.M:: C'était vraiment des interrogatoires puis les gens se faisaient filmer de tous les côtés comme des prisonniers. Devant, sur le côté, derrière, on les fouillait.

M.M.:: Puis les questions c'était entre autres que: '' ils fomentent quoi?''.


R.M:: Tu sais là-bas jamais rien n'était clair.
On pouvait t'arrêter; je me rappelle ma sœur s'était déjà faite arrêter dans la rue.

Puis on l'amenait aux bureaux des renseignements"...". On lui disait:: ''tu es contre le Président


de la République?
'' Mais là ma sœur pourquoi elle devrait être contre le Président de la République.

Mais c'est des questions de ce genre-là.
On ne savait pas d'où ça partait d'où ça revenait mais et là on comprenait, et puis

"...". Pendant cette soirée-là, c'était à la mode les pagnes puis on mettait quelque...
sur la tête. Et on avait dit que là les filles qui étaient..., certaines filles, dont moi, qu'on travaillait

pour Kayirebwa qui est la chanteuse.
Mais évidemment Kayirebwa était associée aux réfugiés. Mais réfugié au Rwanda ça voulait dire ceux qui sont contre le pouvoir. ça voulait

dire les ennemis.
Donc, automatiquement on était les ennemis du pouvoir. Mais moi je m'habillais parce que j'étais jeune et je m'habillais c'est tout [rires].

Mais tout était, pour te dire que tout était source de problème.


M.M.:: Ouais.
R.M:: Mais ça pouvait aller loin. Quand je suis retournée pour ma Licence par exemple, il y a des filles qui se sont faites violer. M.M.:: Par les étudiants? R.M:: [Hoche la tête] Un peu comme pendant la guerre et il s'est rien passé c'est ça

qui est grave.
Puis par après le bureau de"..." le bureau qui s'occupe, mon Dieu ça va me revenir. M.M.:: A l'école où "...". R.M:: Les droits de l'homme, les droits de l'homme s'en sont mêlés. Sont allés faire enquête longtemps plus tard mais il y a deux filles qui se sont vraiment faites violer. M.M.:: Mais ça s'était en quelle année ça? R.M:: C'était en 93. M.M.:: Ok ça commençait à se faire chaud. R.M:: Oui. Oui. M.M.:: On dirait ça me ramène un peu, je me dis à suivre ton cheminement, tu étais

à Ruhengeri peut-être en 90?
R.M:: En 90, en fait je n'y étais pas. J'aurais pu y être mais je ne suis pas allée. M.M.:: [Rires] Beaucoup de zigzags R.M:: [rires] Non mais moi j'ai fini.

Non mais "...". L'histoire du Rwanda est compliquée.
Alors en 89, 88-89, quand est-ce que j'ai fini mon bac.

La vieillesse... j'ai oublié mais [rires] j'ai fini mettons en 88, 89, 88-89, diplôme


académique 88-89.
M.M.:: Tu finissais le bac. R.M:: Et donc je devais aller étudier, non. M.M.:: 89-90? R.M:: 89-90, je suis retournée. J'ai fait... M.M.:: Donc t'avais fini l'année avant? R.M:: Oui, j'ai fini et puis je suis retournée en septembre, on commençait. Je suis retournée en septembre. J'ai commencé ma Licence comme étudiante privée. Et là on est allé en vacances, je crois et on a commencé"...". Je me souviens

plus exactement quel mois mais c'est là où on a commencé à ramasser les gens.


Où on a commencé à emprisonner des personnes.
M.M.:: Ça c'était 90. R.M:: 90. Et je ne suis pas retournée, c'était trop dangereux pour retourner. M.M.:: Cette fois-ci t'as décidé de ne pas aller [rires] R.M:: Je ne suis pas allée [rires]. M.M.:: Il y a quelque chose que t'as revisité pour une fois [rires]. R.M:: Non, mais là je connaissais beaucoup de gens qui se sont fait mettre en prison.

C'était la période, c'était quand même assez chaud, les gens s'étaient fait mettre
en prison. Certaines personnes proches de moi, le papa de Charles, mon conjoint, était décédé dans ces histoires-là. On n'était pas encore marié mais on sortait ensemble. Beaucoup de personnes proches. Et je trouvais que ce n'était pas une bonne idée d'aller là-bas. Et donc j'ai arrêté, je ne suis pas retournée.

M.M.:: Et tu as fait quoi?
R.M:: Je suis resté longtemps, pas longtemps, je suis restée à la maison. Et puis, finalement je suis allée enseigner à l'école belge. M.M.:: Qui est à Kigali? R.M:: À Butare. Il y'avait une école belge et j'enseignais là jusqu'en 92-93. M.M.:: À ce que je voulais peut-être revenir à [tousse] ramener pour ceux qui ne comprendraient

pas dans le système universitaire, il fallait faire le bac et pis après le bac, ill fallait


encore faire une demande pour continuer à la licence?
R.M:: Oui, c'était tout le temps "..." M.M.:: C'était pas un examen, c'était une demande ou c'était un examen ou ça se passait comment? R.M:: C'était une demande. Mais ça tu comprends que le système était organisé pour brimer les gens, je te dirais.

Alors tous ses innombrables examens et passages et arrêts il n'y a rien qui se faisait automatiquement


ou qui se faisait parce que la personne était nécessairement bonne à le faire.
Mais on finit le bac et là il faut faire reconnaître, il faut faire une demande, ça

passe par le ministère.
Et là on t'oriente en licence. C'était tout le temps comme ça et pour les gens qui comprendraient pas, c'est qu'il y

avait des quotas selon les ethnies.
Il y avait toujours un pourcentage mettons 90% ce sont les Hutus qui rentraient à l'école.

Un pour cent, je ne me souviens pas des pourcentages mais c'était ridicule.
M.M.:: Et ça a continué jusqu'à l'Université. R.M:: Et à chaque niveau, il fallait respecter ça, oui. M.M.:: C'est comme ça que certains à la fin du bac, ils devaient arrêter au lieu de continuer

vers la licence?
R.M:: Ouais. M.M.:: Et c'est là que toi bien qu'on t'avait pas acceptée si j'ai bien compris? R.M:: Oui. M.M.:: Tu es rentrée mais comme étudiante maintenant privée, sans bourse si je comprends? R.M:: Oui parce qu'au Rwanda la plupart des gens allaient étudier avec des bourses de l'État. Avant il y a très peu de personnes "..."? En fait, je ne connais personne à part moi [rires]. M.M.:: [Rires] Qui "..."? R.M:: Qui est allé étudier là-bas et les autres sont allés ailleurs. J'aurais dû m'en aller ailleurs [rires]. M.M.:: Ben tu n'avais pas les moyens, il fallait.

R.M:: C'est ça.
Ça prenait un moyen [rires] M.M.:: "..." Là tu parlais justement de cette période, tu disais non là c'est trop dangereux je ne continuerais pas à étudier au Nord. Finalement à l'Université où tu avais commencé. Puis je vais..., ça me ramène à ma question, je vais la continuer puisqu'on est là-dessus.

Quand on parle du Rwanda, on voit automatiquement 94.
Ce qui est le début du génocide, qui est le temps du génocide des Tutsi mais on ne

peut pas parler de cette période-là sans parler de tout ce qu'on a vu venir.


R.M:: Oui.
M.M.:: En t'entendant parler, j'ai l'impression que tu l'as vu venir? R.M:: Oui, 94? M.M.:: Ouais. R.M:: Tout le monde l'a vu venir. M.M.:: Mais toi spécialement, spécifiquement tu l'aurais vu comment ? R.M:: Moi je l'ai vu venir. M.M.:: Des signes avant-coureurs si je peux dire ça? R.M:: Écoute, déjà 94 la tension était palpable. 90 pardon, "...". D'abord je

te parle des épisodes à l'Université, on vivait toujours dans un état si jamais il


se passe quelque chose qu'est-ce qu'on fait ? On était conscient qu'il pouvait se passer


quelque chose.
Mais on savait pas quoi; et comme on était un peu, tout le monde nous sentait comme une

menace.
C'était pas de la veille que les gens pensaient qu'ils étaient menacés par les Tutsi.

Alors que les autres pensaient qu'ils étaient menacés, je sais pas de quand ça date mais
moi je te dis que la première fois, j'ai eu conscience en 73 mais une conscience d'enfant.

Je ne saisissais pas clairement les choses.
Mais tout le long quand même on entendait, ah les Inyenzi, les ci.

Ça c'est des mots qui faisaient partie de la conversation des gens et ce n'était pas
des mots positifs. Alors en 90, c'était très palpable. Et les réfugiés, on en entendait parler davantage et quand il y a eu les premières

attaques en fait du Front patriotique, là le peuple a réagi.


Disons les dirigeants ont plutôt réagi.
Et "..." il y a eu la mort, je m'en rappelle même plus comment il s'appelle du Front patriotique...

celui qui était à la tête du Front patriotique..
M.M.:: Rwigema R.M:: Rwigema, alors là ils avaient essayé

de rentrer et puis il est mort là. Alors tous les Tutsi à l'intérieur du Rwanda sont


devenus des menaces. On se le faisait dire, on se le faisait dire, on a marché dans les
rues contre le Front Patriotique. On a obligé tout le monde à sortir de leurs maisons pour

aller marcher et pas longtemps après on a mis les gens en prison. Et ça on voyait très


clairement alors. On disait tous: ''demain c'est moi, avant-hier c'est moi''. Mais quand


on a d'abord mis les gens en prison, à Kigali ça ne s'est pas peut-être pas passé comme
ça mais à Butare on a d'abord pris les têtes influentes dont le père de Charles. Et même

les Tutsi se sont sentis, un peu en tout cas ils disaient: ''Ah vous nous avez pas dit''.


M.M.:: Les Tutsi ou les Hutu. R.M:: Même les Tutsi.
M.M.:: Ah ok, on ne leur a pas dit qu'il était. R.M:: Qu'ils connaissaient la chose dont... qu'on ne connaît pas, qu'ils étaient au courant de ce qui allait arriver. M.M.:: Qu'ils ont caché quelque chose? R.M:: Qu'ils leur ont caché quelque chose, ils ont des secrets. Et pas longtemps après, ils les ont tous ramassés ou presque [rires]. M.M.:: [Rires] Ils se sont rendus "...", eux aussi connaissaient. R.M:: Alors tout ça, tu me demandais quand est-ce qu'on l'a senti, on l'a senti beaucoup

en 90. M.M.:: "..."
R.M: Oui et là aussi les gens ont commencé à se mobiliser. Et je crois que c'est pendant cette période-là où on a commencé à réaliser que parmi les familles, il manquait un membre.

Les familles tutsi, des enfants qui s'en allaient au front. Ça se disait pas mais quand, ça


se disait pas parce que c'était dangereux pour la famille mais quand il y avait plus
d'enfants pourtant les enfants ne le disaient pas à leurs familles. On le savait qu'ils

étaient partis au front, à la guerre contre le Rwanda. Et ouais c'était tout ça des


signes. Tout ça c'était des signes avant-coureurs [inaudible].
M.M.:: Tu me vois réfléchir, je suis en train de remuer une question dans ma tête. "..." Je

revois ta famille dont la maman était décédée un peu avant comme tu me disais. Et la peur


qui règne dans le petit carré d'où est-ce que vous habitez. "...". Je suis presque


à te demander comment ton papa vivait ça? R.M:: Mon père là je, "...". Après...avec


recul, comme beaucoup, beaucoup de personnes de son âge, je l'ai trouvé inconscient.


Inconscient de ce qui se passait. Moi j'étais adulte à ce moment-là. On était tous adultes,


nous on était très, très conscients de la menace. Et on était au courant de ce qui


se passait à l'extérieur. Même s'il avait peur, il avait peur mais en fait, je ne sais


pas comment te l'expliquer. On a été élevé dans la peur d'être associé aux réfugiés


qui était, en guillemets, les nôtres [rires]. On les repoussait. Et de se faire dire qu'ils


vont revenir, c'était presque un crime. Alors les plus vieux je crois qui ont connu les


années 59 qui se sont faits tuer ou presque en 59. Ceux qui ont connu 73 préféraient


ne rien savoir. En tout cas, mon père là, ces choses-là, non, non, non!
M.M.:: Ne lui dis rien, Ne lui dites rien. R.M:: Non! Non! Non! Les enfants ça ne marche

pas même qu'il ne voulait pas; tu sais à la maison, on se cachait pour écouter la
radio"..." M.M.::Muhabura R.M:: Muhabura du Front patriotique. On se cachait parce qu'ils n'aimaient pas ça. Mais c'est vrai, il avait raison parce que si quelqu'un le savait que tu écoutes cette radio-là, ben tu devenais associé à ses personnes-là qu'on n'aimait pas, qui sont dangereux pour

le pays, qui était dangereux pour le pays. Alors lui, je crois qu'il préférait rester
dans le néant, en espérant que la magie se passe mais malheureusement pour lui et pour nous tous "...". M.M.:: Je vais continuer et je vais me dire que la magie a fonctionné jusqu'en 94? R.M:: Elle n'a jamais fonctionné [rires]. M.M.:: [rires] Il a pu pousser, pousser, pousser jusque-là? R.M:: Il a poussé, il a poussé comme tous les autres. Je crois qu'il n'avait pas tellement

de choix mais tu sais en 73 déjà, mon papa faisait partie de la génération de ceux


qui voulaient mourir sur place. Il se voyait pas, puis là je te dis que j'étais enfant


en73, que je revoyais le monde. Chaque soir là c'est ça l'image que j'ai des gens qui


sont là et qui boivent, qui boivent, qui mangent ce qui [inaudible ce qui l'a?]. Et


chaque soir ma mère faisait les valises. Ça je m'en souviens, les valises on les défaisait


et je crois que j'entends les conversations, je m'en rappelle plus. Mais j'ai l'impression


qu'elle voulait qu'on parte. On n'est jamais parti même, mais une de nos voisines, un


de nos voisins qui sont partis, leur petite fille s'est noyée parce qu'ils ont marché
longtemps qu'elle serait tombée dans la rivière là en traversant pour aller au Burundi et

puis elle s'est noyée là. Je ne sais pas comment mes parents l'ont su mais je l'ai


jamais demandé mais je crois que c'est pour ça que nos valises sont restés là [rires].


Donc mon papa n'a jamais voulu partir, s'enfuir. Je ne peux pas t'expliquer pourquoi là. Il


fait partie de cette génération-là. Et pourtant son frère était parti en 59. Et
il vivait la même chose en 90, en 94. Jusqu'à sa mort,

il a attendu qu'on le trouve là. M.M.:: Et puis là donc ça remet comme tu


dis et puis ça arrive 94. On ne va pas passer à côté il faut qu'on en parle. Comment


vous avez vécu 94? R.M:: 94. 94 d'abord moi je n'étais pas chez


mon père. "..." C'est une longue histoire. Moi j'étais retourné à l'Université [rires].


M.M.:: [rires] Tu as fini par y retourner! R.M:: J'étais retournée début 94 et après,


mais je suis allée en stage à Kigali et je suis restée là. Et je me souviens, 94


en tout cas quand l'avion du Président s'est écrasé. Je revenais de Kibuye. J'étais


avec des copines et des amis. On était allé passer le week-end à Kibuye et on est revenu.
Je m'en souviens très clairement moi j'étais chez mon beau-frère. Je suis allée me coucher chez mon beau-frère qui était à Kigali qui habitait à Kigali. "..." Et même

que cette journée là j'hésitais, j'hésitais la fin de semaine de Pâques d'aller chez


moi, chez mon père ou aller en weekend avec des amies. J'ai fini à aller en weekend,


c'est sûrement ce qui m'a sauvée. Et je suis revenue en me disant:: ''ok on va laisser


passer les choses et ensuite j'irai chez moi''. Et c'est la même nuit que l'avion s'est écrasé.


Je l'ai entendu très bien [rires]. J'ai entendu le brouhaha et ça a commencé comme ça.


M.M.:: Donc tu étais à Kigali"...". R.M:: Et donc j'étais à Kigali. "..." J'étais
juste à Rugunga, mon beau-frère habitait à Rugunga en face de chez le beau-frère

du Président, je pense. Et donc à partir de ce moment-là moi je n'ai pas revu mon


papa, en fait je n'ai pas revu personne. M.M.:: Parce que tout le monde était à Butare


et que tu étais à Kigali? R.M:: Mon frère, un de mes frères était


à Butare, mon petit frère, il travaillait à Kigali mais en plus cette nuit-là on s'était


parlé. Je lui avais dit, tu sais tout ce temps-là on sentait une tension et tout ce


temps-là les grenades éclataient à gauche à droite. Il y avait vraiment une tension,


il y avait personne qui ne savait pas qu'il allait se passer quelque chose. Et là, j'avais


parlé à mon frère j'avais dit::''ce soir viens on va dormir chez mon beau-frère''.


M.M.:: C'est le mari de ta sœur? R.M:: Oui c'était le mari de ma sœur, mon
beau-frère est hutu. Nous dans ma famille on était bien mélangé. M.M.:: On se mariait partout. R.M:: Oui. Et donc je sentais qu'on avait comme un peu de sécurité là-bas mais il a dit ''non, non, non''. Et donc on n'était

pas ensemble. Il était ailleurs moi j'étais là, mon père et mon frère étaient à Butare.


Ma grande sœur mariée habitait chez elle à Butare. Et donc, la guerre a éclaté,
je n'ai plus revu personne, j'ai reparlé à ma sœur pendant une semaine jusqu'à ce

que les lignes coupent mais quand même elle s'en est sortie là. Elle habite ici-là,
elle habite à Sherbrooke. Ensuite mon frère est décédé en essayant de se sauver, mon autre frère qui était avec mon père on n'a pas su où ni comment il est décédé; il est allé se cacher chez un ami qui l'a renvoyé à un moment donné et il s'est fait

tuer, on ne sait pas où. Et mon père s'est fait tuer chez lui.


M.M.:: À la maison? R.M:: [Hoche la tête, Silence].
M.M.:: Et donc toi tu étais à Kigali finalement chez ta sœur. R.M:: "...". M.M.:: Je pense qu'on va arrêter un peu et on va prendre une pause..

M.M.:: Ouais donc on parlait de l'épisode finalement 94 [cri d'oiseau].


Et puis tu venais de me dire que tu étais à Kigali [cri d'oiseau]) finalement que c'était


la dernière fois que tu as parlé aux membres de ta famille [cri d'oiseau].
R.M:: Oui. M.M.:: Et puis c'était du moins ou on était encore du sept avril [cri d'oiseau].

Je veux savoir, j'ai compris que tu as appris que ton papa était mort après mais je veux


savoir quand est-ce que tu l'as su?
Toi même là où est-ce que tu étais, comment tu as pu sortir de là? Comment est-ce que t'as vécu la suite? R.M:: Mais en fait, je suis restée là, une semaine et demie et "...". Écoute on

avait en plus hébergé beaucoup de gens dont une cousine et une amie et on jouait vraiment


à cache-cache.
Et puis mon beau-frère a fini par sortir parce que lui c'était moins compromettant pour lui. Et il est allé parler "...". En fait tous les jours tu sais on se couchait en pantalons

jeans et quand on entendait crier, on allait se cacher, on revenait.


[Soupire].
C'était constamment là une tension énorme et puis tu sais c'était cette période-là,

quelqu'un appelait au téléphone et puis là tu l'entendais parler et puis tout d'un
coup, on venait de tuer la personne. Ça m'est arrivé deux fois et là mon beau-frère a fini par sortir. Mais ce qui nous a sauvés, on était vraiment à Kigali.

On était, ça s'appelait Rugunga mais c'est proche de Kiyovu et pas très loin habitait


le beau-frère du Président.
Qui n'était pas là. Mais sa maison était gardée par les militaires mais le militaire chef qui gardait la maison,

c'était quelqu'un de très croyant et il a promis à mon beau-frère qu'on ne nous


fera pas de mal.
Et donc disons que lui s'est occupé de gérer ça aussi. Mais à long terme pour mon beau-frère c'était compliqué là. Il disait ''ça va durer combien de temps? '' Lui aussi était tendu d'avoir des gens compromettants chez lui [rires].

Et je crois une semaine après il a demandé à quelqu'un qu'il connaissait qui venait


de sa région, un militaire de venir nous chercher.
Non il y'a eu parmi nous une fille qui avait un copain belge et on a envoyé des militaires

belges la chercher.
Une des personnes qui était avec moi est partie avec. Et mon beau-frère pensait que j'étais partie avec. Et lui est revenu plus tard parce qu'ils avaient des rondes là. Quand il est revenu et pis quand il m'a vue à la maison, j'ai l'impression qu'il était

déprimé.
Et cette même journée, il a appelé quelqu'un, un militaire qu'il connaissait pour qu'ils viennent nous amener à l'hôtel Mille Collines. Entre temps on avait su qu'il y avait des gens qui s'étaient cachés à l'hôtel Mille Collines. Le militaire est venu, il nous a pris ma belle-sœur, ma cousine et moi finalement qui avait pu

revenir, nous a pris dans son auto pour nous amener au Mille Collines.


Mais entre les Milles Collines et Rugunga, il y'avait une barrière.


Et puis là, la barrière, il s'est fait menacer.
Ils nous ont sortis de l'auto, mais c'était quand même un militaire assez haut placé.

Et puis il leur a dit, on va négocier quelque chose ''je les ramène pas au Mille Collines,


je les ramène où je les ai pris''.


Et puis au bout d'une trentaine de minutes en nous insultant, ils nous ont rentrées
dans l'auto puis lui, il nous a ramenées. M.M.:: À la maison. R.M:: À la maison donc on s'est dit, bon qu'est-ce qu'on va faire, on va mourir ici. Mais moi je n'avais pas c'est drôle, à ce moment-là je n'avais pas tellement peur de mourir. J'avais peur de me faire violer. Parce que je connaissais tous les gens que je rencontrais presque chaque jour devant

et qui débarquaient à la maison matin, midi, soir.
Et c'est la peur que j'avais et je me disais que c'est qui va arriver.

Il va falloir qu'ils nous tuent avant tout ça.
Et tu vois on est revenu, le même jour. Le lendemain, deux jours après, il y a eu un militaire, un guinéen qui passait par

là de la MINUAR [Mission des Nations Unies au Rwanda].
Et je ne sais pas comment je suis sortie, je l'ai vu passer il était dans les parages, je ne sais pas qu'est-ce qu'il faisait parce qu'il venait chercher des gens. Parce qu'en fait on était collé, on était collé il y avait une "...". C'était

un endroit où il y avait des chambres, on hébergeait des gens mais on l'avait transformé


comme un dispensaire que la croix rouge utilisait pour sauver les gens, il y avait beaucoup


de gens qu'ils amenaient là.
Et donc il y avait beaucoup de militaires des Nations Unies qui circulaient là. Alors donc je me suis faufilée et je suis allée lui parler.

On se comprenait à peine parce qu'il parlait qu'anglais.
Moi j'ai dit que je voulais arriver au Mille Collines que je cherchais un moyen.

Il nous a mis dans son auto avec ma belle-sœur et avec ma cousine.
Mais il avait une jeep là, puis il nous a mis derrière mais la MINUAR pouvait quand même passer. Puis lui quand il passait, je ne sais pas "..." qu'il donnait de la nourriture aux gens mais ils nous ont pas arrêtés cette fois-là. Et puis c'est lui qui nous a amenés au Mille Collines. Et puis moi j'ai vécu là-bas toute la durée de la guerre ou presque.

Et finalement c'était tendu, c'est une longue histoire les Mille Collines mais quand même
il y'avait plein de refugiés, il y'avait plein de gens qui débarquaient là.

Et on s'était retrouvé comme en famille.
On se faisait une famille avec beaucoup, beaucoup de gens puis là on s'organisait pour avoir à manger, pour se faire à manger pour passer la nuit à placoter parce qu'on a peur de

ce qui va arriver la nuit.
Jusqu'au moment où on nous dit:: "on va nous laisser partir". Je sais pas comment

mais ils disaient que ce sont les militaires de la MINUAR qui négociaient ça.
Mais il y a des gens qui sont partis mais qui ont été frappés. M.M.:: Partir où? R.M:: En fait qui devaient aller ailleurs, s'enfuir en passant par l'aéroport.

Puis il y'a certaines personnes qui avaient pu avoir, je ne sais pas, des droits de visites


ou des personnes qui leur ont pris en charge mais tout ce monde-là était parti une fois
et ont été battus, frappés. M.M.:: Ils sont revenus? R.M:: Ils sont revenus. Et on s'est dit bon on va rester là on va mourir là puis c'est tout.

Et alors quand presqu'à la fin de la guerre; il y a eu des négociations entre ceux qui


ont pris le pouvoir finalement et ceux qui étaient au pouvoir.


Et ce qu'ils ont négocié c'est de laisser les gens aller du côté où ils pensaient


le plus en sécurité.
Donc il y en a qui sont partis; il y a une partie du pays qui à partir de ce moment-là

appartenait à ceux qui "...". M.M.:: Au Front Patriotique Rwandais.
R.M:: Au Front Patriotique Rwandais, qui arrivait et il y avait une partie qui appartenait au

reste.
Et ils sont venus nous demander, en fait je pense que c'était organisé avec les militaires

de la Mission des Nations Unies au Rwanda, le général Dallaire et compagnie.
Ils ont fait des listes qui va où. Et on a fait des listes et on s'est mis sur les listes, on n'avait rien à perdre.

Mais nous on allait du côté du FPR [rires].
Dès qu'on avait fait des listes, ils nous ont rentrés dans un camion de la Mission des Nations Unies au Rwanda, cette fois-là j'avais vraiment peur mais finalement les

ententes étaient très claires, ils ne nous ont pas touchés.
Ils nous ont ramassés, je sais pas deux-trois fois le camion. On est parti à plusieurs reprises, trois reprises et ils nous ont amenés au camp en

fait il y avait un camp pas très loin à Kabuga là.
C'est dans Kigali, mais le camp, ce camp-là appartenait au Front patriotique.

Et moi j'ai vécu là jusqu'à la fin de la guerre presque.
Mais là tu vois quand j'étais au Mille Collines c'est là où j'ai appris que mon frère est décédé. M.M.:: Celui qui était à Kigali. R.M:: Oui c'est mon beau-frère qui m'a écrit pour me le dire. Et j'ai appris longtemps après que mon père est décédé et ma sœur je ne savais pas

ce qui lui était arrivé.
Et ma sœur on s'est retrouvé ici en fait.. M.M.:: Celle avec qui tu habitais avant d'aller à Mille Collines? R.M:: Non, la plus vieille. M.M.:: ok R.M:: La plus vieille c'est elle avec qui

j'habitais avant d'aller au Mille Collines est décédée des suites de la guerre.
Mais la plus vieille qui habitait à Butare, elle est restée à Butare.

Elle a réussi à sortir à un moment donné mais on s'est retrouvé ici.


Mais j'ai su en fait qu'elle est vivante, elle a su que je suis vivante "..." quand


j'étais au camp.
M.M.:: Kabuga? R.M:: Oui et on est resté au camp. Je suis restée longtemps. Enfin je pense, j'ai quitté, j'ai quitté au mois de juillet. J'ai quitté pendant que les autres retournaient au pays après la guerre. M.M.:: Tu es retournée au pays [rires]. R.M:: [Rires] Non enfin, je n'avais plus le goût de retourner. J'avais plus envie de retourner. M.M.:: Je suis en train de t'écouter, tu me dis c'est une longue histoire mais parce que

j'ai le micro je vais te poser la question.


C'était quoi la routine de, le quotidien finalement, ça ressemblait à quoi?
Le quotidien de quelqu'un qui a laissé d'un coup là où il était pour aller vivre à Mille Collines? Là tu me dis ''regarde, on trouvait à manger'', vous trouviez à manger où? Comment? R.M:: Tu sais qu'après le recul, je me pose la question, je ne sais pas comment se passait les choses [rires]. La première fois qu'on est arrivé, moi je n'avais rien sur moi.

Moi j'étais toujours en ..., j'avais toujours un pantalon là genre leggings en dessous
tout le temps, je me couchais comme ça. J'avais un jean, j'avais tous les jours un passeport dans ma poche. J'avais un papier de mon diplôme, j'avais un peu de sous de ce qui me restait comme sous [rires]. Je me couchais toujours comme ça, j'étais toujours comme ça, je me couchais toujours

comme ça; alors je suis arrivé à Mille Collines comme ça.
Et on arrive, on rencontre des gens qu'on connaît. Et finalement là je ne sais pas comment les choses s'organisent, ma cousine connaît quelqu'un et puis là on organise une chambre. On trouve une chambre on habite là. Et comme les gens arrivaient chaque jour, on a fini par... on était comme une dizaine

dans la chambre après.
Mais le quotidien on se levait, il y'en a "...". En fait il y en a qui sortaient, y en a qui sortaient, je ne sais pas comment. Mais en fait, il y'avait des Hutu et des Tutsi. Il y avait des Hutu qui sortaient et il y a des gens moi "..." il y a du monde qui

sont venus me porter du lait là-bas.
Des Interahamwe que je connaissais [rires] M.M.:: Qui savaient que tu étais là finalement.

R.M:: Qui voulaient une femme, qu'ils cherchaient [rires].
M.M.:: C'était une façon de t'amadouer [rires]. R.M:: Et il y'a des gens qui sortaient et qui allaient chercher de la nourriture à l'extérieur. Mais quand on est arrivé il y avait encore de la nourriture de l'hôtel ici.

Et donc on s'organisait avec les cuisiniers.


En fait on réussissait en leur donnant un peu de sous, en leur parlant gentiment.


En oubliant qu'on est des humains et qu'on peut se faire dire n'importe quoi, on réussissait


à rentrer dans la cuisine.
Tout le monde avait un pouvoir, même le cuisinier qui gérait un rond.

C'est vraiment là c'est la partie que j'ai trouvé la plus difficile [rires] parmi "...". En


tout cas le reste là, les morts et les ci je t'avoue que je n'avais pas le temps d'y


penser.
J'ai pleuré un peu quand on m'a dit que mon père est décédé. En plus la personne qui me le disait, qui m'avait prêté le téléphone pour que j'appelle, s'est mise à m'engueuler. Parce que je n'avais rien à pleurer "..." [Qui travaillait à l'hôtel?]

alors je me suis dit ''ce n'est pas le temps de pleurer, ce n'est pas le moment ni devant


la personne qui est là''.
Et donc là tout ça je crois qu'il y a une partie de l'instinct. Tu fais comme ''je ferme la porte'', elle va s'ouvrir un jour. Mais à ce moment-là, on pensait et puis ma cousine qui était avec moi avait perdu

ses trois enfants.
Ses trois enfants avaient été tués chez sa sœur, avec sa sœur et sa belle-sœur.

Et je trouvais que devant elle mon malheur était insignifiant.


Ces trois enfants étaient décédés en même temps.
Je le dis et puis mes cheveux me lèvent mais c'est comme si je n'avais pas le droit de

pleurer mes malheurs devant une maman qui avait perdu ses trois enfants en même temps.
Et le quotidien, on se levait, on s'essuyait le visage avec un peu d'eau dans un verre.

On restait là.
On écoutait beaucoup, beaucoup la télé. On était au courant des nouvelles internationales [rires]. On écoutait beaucoup la télé, puis on faisait pas grand-chose, on tournait en rond, on faisait courir les rumeurs parce que c'est-ce que tu voulais faire. M.M.:: [rires] R.M:: Mais c'est vraiment ça, on se retrouvait dans une chambre et puis parfois, on se cachait il fallait se cacher parce qu'il y avait "..." du

bruit des bombes, on appelait ça des bombes.
Et il y a des journées ils essayaient de rentrer des Interahamwe dans la Mille Collines.

Alors il fallait aller dans la cave se cacher.
Parfois on pouvait rester mettons une demi-journée caché, d'autres journées ont rigolait qu'est-ce

que tu veux.
Il y en a qui avait des blagues puis on rigolait. C'était une vie et puis on arrivait à manger parfois parce que les militaires qui allaient

à l'extérieur nous en rapportaient.
Il y a toutes sortes de "...". C'est comme en prison je te dirai il y a toute sortes de réseaux qui se créent, à l'interne puis à l'externe puis des gens qui sont en lien

avec tel.
Mais moi je trouvais, nous on était, mettons, il y a ma cousine et moi puis il y avait d'autres personnes qui habitaient chez nous tout ce monde-là...,et il y a d'autres mondes qu'on a recueilli. Puis il y avait une autre chambre où il y avait beaucoup de jeunes garçons et un monsieur

qui habite à Québec et sa femme.
On faisait tout ensemble, on s'organisait ensemble, mettons si moi j'ai trouvé quelque

chose, on partageait tout.
Si l'autre a réussi à aller chercher telle chose, on le partageait tout le monde. M.M.:: À te donner du lait [rires]. R.M:: Moi je donnais du lait quand j'en avais [rires]. Mais il y en a qui sortaient comme je te dis puis il y en a qui avait un peu d'argent qui réussissait à en acheter. Et puis, il y en a "..." du monde qui travaillait au Mille Collines que nous connaissions qui nous ouvraient les portes là un petit peu comme ça"...". Mais il y avait pas

de quotidien, le quotidien c'était ''est-ce qu'on va finir la journée aujourd'hui''?
C'était vraiment ça. Mais je te dirais qu'on était en sécurité comparé à ceux qui étaient à l'Église. À l'Église, c'est quoi l'Église à côté? M.M.:: [inaudible] R.M:: Du moins on était, on avait au moins des chambres [rires]. M.M.:: [Rires] Oui. R.M:: On n'avait pas d'eau mais on avait des chambres [rires]..

M.M.:: [Rires] Puis une fois rendu à Kabuga dans le camp, je vais encore te reposer la


même question.
Est-ce que la vie était trop difficile? Est-ce que la vie était facile? R.M:: A Kabuga la première journée qu'on est arrivé, on nous a mis, on a partagé

la même maison.
On était nombreux mettons 200 personnes comme ça je m'en souviens plus combien on était.

"..". D'abord on est arrivé d'abord un camion rempli là.
Le gros camion rempli de personnes. Je pense qui en a eu deux ou trois voyages.

Et là il y avait une maison de riche là-bas.
Puis on est rentré dans la même maison. Écoute c'était horrible. La promiscuité incroyable. Donc on était couché les uns par-dessus les autres en haut en bas, gauche à droite. Mais là quand on est rentré dans cette maison-là, elle avait de l'allure, il y avait de la place,

relativement propre-là.
Mais évidemment pas d'eau, pas de toilettes pour ce nombre-là de personnes.

C'était la catastrophe, donc on restait là quelques jours.


Et on a décidé que ce n'était plus possible de vivre dans cette maison là; mettons, tu


prendrais mille personnes, tu les rentres dans une maison comme ça.
Mais malgré tout, il y avait encore des rangs sociaux. Je n'en reviens pas quand j'y pense [rires]. Et on a décidé qu'on allait se trouver chacun, en tout cas on constituait des petites familles

où on allait s'aménager des maisons.
Mais ça était difficile parce que tu sais on sortait des morts des maisons puis on nettoyait

puis on habitait dedans.
Puis les gens étaient encore là "..." [silence]. En tout cas, c'était encore la guerre, je pense que là malgré tous les gens qui se

sont déplacés même mettons de Rugunga à Mille Collines, on est passé quand même,


on a vu des morts dans la rue.
Mais là je crois qu'on réalisait vraiment que oui il y a eu un génocide.

Que les gens étaient encore dans "..." les maisons.
Les maisons qui puent mais il fallait survivre, l'humain est fort quand même.

Faire abstraction, sortir les morts d'une maison, l'aménager, la laver, rentrer dedans


et habiter là.
On a fait tout ça. Et puis là après ça le reste était facile. On s'organisait, les hommes allaient chercher à manger [rires]. Les hommes allaient chercher la nourriture, les femmes faisaient à manger. On s'était tellement organisé qu'on a ouvert une classe. M.M.:: Hein? A.L.D:: [Rires] R.M: Et j'ai enseigné mais qu'est-ce que tu veux faire [rires]? M.M.:: Les enfants allaient à l'école? R.M:: Non mais mettons que "...". M.M.:: Je suis pas sûre [rires] R.M:: Quelque mois après il y avait tellement de monde et tellement d'enfants que je sais

pas qui a dit ''mais pourquoi on ferait pas une école'' et puis moi je crois que j'ai
quelque chose en moi, je suis bien avec les enfants. Même une des familles qui habitait avec moi là-bas, ils avaient récupéré un enfant. D'abord la femme avait accouché pendant la guerre.

Et puis ils avaient récupéré un bébé qui n'était pas mort, qu'ils ont trouvé


dans la brousse de leur frère.
Et comme elle avait accouché, je me retrouvais le trois quart du temps avec l'autre bébé. Et puis comme j'avais souvent des enfants autour de moi je me suis mis à les faire danser, à les faire chanter, à me trouver une occupation. Une fois que j'avais fini à faire à manger ou [rires] je m'étais trouvé une occupation.

Et alors on s'est dit ''pourquoi pas, on va au moins les apprendre un peu à lire et à


écrire et on a fait une école quelque jours'' [rires].
M.M.:: Ah ouais c'est bien. R.M:: Mais tu sais, on ne savait pas combien de temps ça allait durer cette situation-là. Et il y avait des militaires du Front patriotique qui arrivaient et nous disaient "mais nous

quand on étaient dans les camps, je sais pas quand, en 59 on apprenait des choses;
c'est là où j'ai appris à parler et à faire ci." Et là on s'est dit ''peut-être qu'on va passer des années ici, peut-être qu'on devait s'organiser un peu minimalement'' mais là je te dis ça maintenant ça a l'air réfléchi, ce n'était pas réfléchi. Puis là, une journée, on est allé et on a dit aux enfants:: ''venez étudier'' puis je me souviens pas de ce que j'ai fait avec eux [rires]. On était deux. Il y avait moi et une autre dame. Ouais. M.M.:: [Rires] Ouais c'est bon. R.M:: On était enseignant puis les autres faisaient d'autres choses.

Mais c'est ça, on s'est retrouvé à faire, à se faire faire "..." comme on fait


à la maison là.
M.M.:: Donc la vie a repris un peu. R.M:: La vie a repris un peu. On s'est mélangé en famille, on a fait des familles élargies. Mais ces gens-là, ils sont dans ma mémoire.

Tu sais des gens avec lesquels on a partagé des moments comme ça.
Quand on est retourné en Afrique l'été dernier, je voulais tous les revoir. Il y en a que je n'ai pas vu mais je voulais tous les revoir. Ouais "...". M.M.:: Puis dans un certain moment, comme tu

disais au mois de juillet quelque part, on vous dit que tout va bien on peut retourner


dans les maisons à Kigali.
R.M:: En fait, on nous dit, on ne nous dit pas. D'abord quand on est arrivé à Kabuga, il y avait des gens qui partaient de Kabuga vers

Byumba, qui était une autre région où il y avait beaucoup de réfugiés.
Mais selon la rumeur de l'époque, ça allait mieux à Byumba; moi j'avais toujours voulu

partir et je pensais que je partirais.
Et moi je ne voulais pas aller à Byumba, je voulais essayer de sortir de là. Et "...". Puis là on a commencé à avoir du monde qui revient du Kenya pour s'installer

à Kabuga pour aller au Rwanda après.
Et ça prenait quand même une autorisation pour quitter le pays dans ce temps-là.

M.M.:: Mais c'est qui donnait l'autorisation?
R.M:: Ben ce se sont les chefs du Front Patriotique. Il y avait une organisation comme maintenant là au Rwanda dans l'État il y avait une

organisation il y avait des supérieurs, des sous je ne sais pas comment on les appelle


là en tout cas.
M.M.:: L'administration locale. R.M:: L'administration locale de la région il y'avait des niveaux. Et il y avait un qui donnait l'autorisation de sortir. Et il fallait le chercher. Finalement quelque temps après j'ai eu l'autorisation et comme il y avait du monde qui arrivait

du Burundi, qui venait du Burundi, qui arrivait du Kenya, et justement la famille qui habitait


avec moi là, il y a eu un de leurs amis qui habitait au Burundi qui est venu pour voir


comment est le Rwanda.
Qui avait l'intention de revenir. Mais entre-temps il retournait au Burundi; c'est lui avec lequel je suis partie.

M.M.:: Tu connaissais des gens au Burundi où tu t'aventurais encore?
R.M:: Non je connaissais, j'ai des cousins, j'avais des cousins et des cousines là-bas.

En fait mon père, son frère qui a fui en 59 s'est installé au Burundi.


Puis les enfants, on se côtoyait plus tard là.
Alors quand j'ai quitté à ce moment-là, je suis allée chez ma cousine au Burundi.

Puis à partir de là je suis allée au Kenya puis à partir de Kenya là je suis allée
au Canada. M.M.:: Attends, donc tu n'es pas revenu au Rwanda pendant cette période-là? R.M:: [Hoche la tête de gauche à droite] Non. M.M.:: Au canada, comment ça s'est fait de "...".Je pose des questions, tu as quitté le camp, tu es allée au Burundi parce que tu connaissais quelqu'un? R.M:: Je suis allée au Burundi, ma belle-sœur, ma cousine était là. Et je suis restée là ; en fait je suis pas restée là beaucoup longtemps.

Entre temps ma sœur était au Kenya et là finalement ma sœur m'a envoyé un billet


et je suis allée au Kenya.
Mais pendant que je suis arrivée au Kenya elle allait quitter. M.M.:: Ici? R.M:: Oui. Et au Kenya j'ai été hébergée par une famille, des gens que j'adore; que je ne connaissais

pas, qui sont des gens qui ont habité au Burundi, en fait qui étaient en lien avec


mes cousins au Burundi.
Et j'ai habité là pendant je crois deux mois, pendant que je cherchais les papiers pour venir. Alors je suis restée là pendant quelques mois et je suis arrivée ici. M.M.:: 94? R.M:: Oui, je ne suis pas retournée, j'ai fait un sens unique, moi je n'avais pas le

goût de retourner.
M.M.:: Jusque? R.M:: Jusque dernièrement, jusque l'année dernière [rires]. M.M.:: Jusqu'en 2011? R.M:: "..." Mais tu sais moi il y a quelque chose qui s'est brisé entre, je ne sais pas

je crois qu'il y a quelque chose qui s'est brisé entre moi et mon pays d'origine.


Je n'avais pas envie, j'ai jamais "...". Mais il y a beaucoup de gens qui ont des parents


là-bas.
Moi à part les gens qui sont retournés de l'étranger, je n'ai personne de ma famille directe .Et pour moi... Et ça, ça m'a arrêté longtemps parce que j'essayais d'aller, j'essayais, j'ai voulu,

je n'ai pas voulu tellement là.
À un certain moment, je me disais:'' je m'en irai à Cuba là puis je m'en irais je ne sais pas où'' ça ne m'intéresse pas.

Bien sûr il y'a toujours la partie famille, retourner voir chez soi.


Mais ça ne me manquait pas.
Ça ne me manquait pas. Et quand je pensais m'en aller chez moi où je suis née et aller habiter à l'hôtel

ça ne faisait pas sens dans ma tête.
Mais là les enfants m'ont reconnecté je pense [rires] m'ont reconnectée avec mes

origines.
Pas parce que je veux les perdre même en retournant l'année dernière, moi j'ai trouvé ça difficile. Bien sûr il y a des choses intéressantes mais moi j'ai trouvé ça difficile [inaudible - des bouts?]. Parce que je crois qu'un pays ce sont les personnes.

Et [mouvement de tête gauche droite] non je me sens pas nécessairement chez moi.


Dommage hein, mais c'est comme ça.
Je ne vais pas oublier la! C'est mon pays et j'étais contente d'aller voir. De penser que j'avais vu les images d'où on habitait, d'où on vient.

En fait il y'a une histoire familiale mais à part ça, ça ne me tente pas d'aller,


à part retrouver le soleil [rires]..
M.M.:: [Rires] R.M:: Vous enlèverez ça [rires]. M.M.:: Non on ne va pas enlever parce que moi je suis, presque là à te dire. "..." Je ne sais pas comment te le dire peut-être je vais te la poser en deux étapes.

Quel est le processus justement quelqu'un qui a quitté le pays comme ça puis vient


la coupure est là je te comprends très bien.
Au fait je suis là à te demander comment tu décides finalement d'y retourner? R.M:: D'y retourner? M.M.:: Je remets une question qui quand tu as quitté dans une situation pareille, je

comprends très bien la coupure.
Et puis tu me disais que tu es retournée en 2012.

Ma question est plutôt qu'est-ce qui fait finalement que tu décides [inaudible] tu
acceptes d'y retourner? R.M:: J'ai jamais pensé que je retournerais jamais mais je ressentais pas l'urgence.

A un moment donné je me suis dit:: "je vais y aller, je vais récupérer les terres de


mes parents" parce qu'il y a plus rien à part les terres.
Et puis il y a d'autres moments, je me disais ah et c'est urgent?

Est- ce nécessaire?
En fait moi j'ai fait les choses vites. J'arrive ici, je suis allée à l'Université le même été, en tout cas, j'arrive au mois

d'août, je vais à l'Université au mois de septembre.
Et là je suis à l'Université, je n'ai pas le temps. En fait il y'a eu des choses que je n'ai pas eu le temps de réaliser. Je n'ai pas le temps. Je crois quand j'essaye de rationnaliser ça il y a rien de rationnel mais je crois que

"...". C'est comme si j'avais tout perdu, mais j'ai tout perdu; on a tué tout le monde


mais je n'ai pas le droit d'abandonner, c'est comme s'ils existaient à travers moi [larmes


aux yeux].
Mais j'ai quand même était chanceuse parce que quand je suis arrivée, Charles était

là.
Et ça a été un bon support.

Excusez-moi...
Et donc les choses se sont passées vite. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir. Je suis à l'Université, j'ai fini ma maîtrise en quatre-vingt..., je m'en souviens plus [rires]. Je vais prendre un mouchoir [se mouche], pardon.

C'est ça j'ai fini ma maîtrise en 90 non, 94-95-96-97, 97 ou 98.


Et là j'ai fini ma maitrise mais il faut que je travaille un peu mais cependant je


suis bien tombée [essuie ses larmes] quand même.
Quand je suis arrivée à l'Université, je suis tombée dans un centre de recherche qui me nourrissait intellectuellement beaucoup, beaucoup. Moi j'adore ça, j'adore faire de la recherche. J'adore penser, je crois que c'est ça qui m'a sauvée.

Alors je suis rentrée dedans à 100 miles à l'heure.
Et j'ai foncé, j'ai travaillé avec eux "...". Je travaillais autour de la recherche mais et

puis là mais je pouvais pas orienter ma carrière là-bas, il fallait quand même que je sorte


de là pour que je travaille autrement.
À moins de faire un doctorat et d'enseigner à l'université. Mais je n'avais pas l'énergie peut-être pour ça. Et puis entre temps, je suis tombée enceinte aussi, Tristan est arrivé. "..." et vraiment

je n'ai "...". Comme je te dis en rationnalisant, je n'ai pas eu le temps ou je me suis pas


donnée le temps:: alors rentre étudier, finis, faire un enfant.
Là c'est le temps de se construire quelque chose, va chercher du travail, rentre à la

commission scolaire, commence à travailler.
J'ai fait un enfant, je rentre, je suis maman, je ne peux pas me permettre de pleurer mon

sort.
Là je rationnalise mais j'ai l'impression que le cheminement s'est passé comme ça.

Et puis là on commence à vivre, on déménage, on habitait à Montréal, maintenant on vit


ici.
Et donc tout s'est passé quand même assez rapidement. Jusqu'il y a cinq, quatre ans et demi entre Tristan et mon plus jeune. Et quand je suis tombée enceinte de Kélian, là j'ai commencé à penser.

Là j'ai commencé à me dire là ça serait bon peut être que je repense à l'autre côté.


Mais bon j'étais enceinte puis bon la vie était quand même assez belle "..." J'avais


fini mes études"...", j'avais trouvé du travail, "..." je m'étais acheté
une maison"...". Bon qu'est-ce qu'on va demander d'autre [rires]. Je crois que les choses sont là. Il y a d'autres choses à demander mais je ne me considèrerais pas malheureuse, quand même j'aurais pu dire:: "ok on a réussi ça va". Et là je suis enceinte, là des nuits et des nuits pendant que j'étais enceinte que

je ne dormais pas.
Et je disais à mon médecin:: "ce n'est pas normal, moi je ne fais pas d'insomnie normalement".

Et puis là ok tu es enceinte, tu es enceinte, les hormones, les hormones, les hormones.
Et puis là, mon médecin c'est une dame, ma gynécologue qui n'a pas beaucoup de temps

mais qui pendant les deux minutes qu'elle est avec toi, elle est présente et qui se


rappelle de tout, des moments pendant l'accouchement.
Et puis là un jour elle me dit:: "tu sais toi, je vais t'envoyer voir quelqu'un". Elle dit:: "mais il va falloir que tu sois en congé, je ne veux plus que tu ailles travailler". Là je dis:: "mais là moi je suis immunisée contre tout, j'irai travailler".

Elle dit:: "non tu n'iras pas travailler mais je vais t'envoyer voir un psychologue".
"Pourquoi je devrais aller voir un psychologue, je fais des insomnies parce que je suis enceinte, je ne vais pas voir de psychologue". Là elle dit:: "regarde, je vais t'envoyer voir une psychologue belge à Sainte-Justine

qui connaît la situation rwandaise suffisamment.
Je ne te dis pas qu'elle va te suivre, je veux juste quelle s'organise pour que tu aies

un congé" [rires].
Et puis finalement je suis allée la voir. Une dame adorable qui m'a accueillie en me disant:: "comment ça va?". Qui me parlait comme tu me parles là. Et évidemment, elle m'a mis en congé en me disant que je faisais une dépression majeure.

Là j'ai dit dépression majeure, Charles passait la vie à rire.
Parce que dépression majeure, c'est quoi une dépression majeure? Et puis elle m'a dit dans les termes médicaux, on n'appelle pas ça mais notez que toi ce n'est pas grave. Va en congé, tu vas bien, tu t'occupes de ton enfant, tu n'as pas perdu la tête. C'est juste un terme. Donc je suis allée en congé mais je fonctionnais. À part qu'au lieu de dormir le soir, je dormais le jour [rires]. Et puis elle m'a dit:: "je vais t'expliquer quelque chose". Elle était vraiment, vraiment, elle faisait bien les choses.

J'arrivais avec un livre puis elle me disait de quoi on parle dans le livre.
Puis elle travaillait avec moi autour tout le temps. Là finalement, elle m'a dit:: "tu sais ce que je pense".. Elle a dit:: "là t'es enceinte? ". J'ai dit:: "oui". "L'enfant que tu portes te raccroche à ta vie, te raccroche à ton

origine".
Elle a dit:: "tu m'as tout raconté là, les épisodes de ta vie".

Elle a dit:: tu t'es jamais, t'as jamais eu le temps d'y penser''.
Elle a dit:: ''dans ta tête là il y'en avait pas de disponibilité pour que tu te permettes d'aller aux sources''. Elle a dit:: ''là les choses sont placées''. Je m'en souviens encore. "Là les choses sont placées:: t'as fini d'étudier, tu t'es installée, tu es assisse, tu es chez toi. Là c'est le temps que tu reviennes à l'essentiel qui est ta vie d'origine". En tout cas je trouvais que ça faisait du sens-là. En tout cas, je m'en souviens encore de la manière dont elle me l'a nommé. Et je crois que c'est ça ce qui s'est passé.

Alors "...". Puis, en plus elle m'a dit:: "permets-toi, essaie de voir si tu peux faire
une cérémonie". Et c'est à partir de ce moment-là que "...". Ben à partir de ce moment-là que je me suis

dit qu'il va falloir que j'y retourne un jour.
Pour faire un peu"...", pour fermer. Je ne sais pas si j'ai fermé [rires]. M.M.:: C'était ça la question. R.M:: Mais ça a été long avant que je retourne fermer là [rires]. Mais je suis retournée en fait l'année dernière. Mais ça ne s'est pas passé clairement dans ma tête comme je te raconte là.

Mais j'ai eu beaucoup d'épisodes.
J'ai eu beaucoup de rêves. Mais moi tu sais, mes parents, mes sœurs, je n'en parle jamais au passé.

C'est très drôle moi je l'ai jamais réalisé, spécialement ma sœur là où j'habitais


avant de quitter.
J'en parle toujours au présent comme si, comme s'ils étaient [là?]

profondément tout le temps.
Je porte sa bague tous les jours oui.

M.M.:: Son mari est toujours là?
R.M:: "..."? M.M.:: Son mari est toujours là? R.M:: Non. M.M.:: Donc tu as pris la bague [rires]. R.M:: Non mais sa petite bague qu'elle avait je suis partie avec et je l'ai gardée.

Ben c'est ça.
M.M.:: Moi j'allais te demander quand tu as été là-bas, est-ce que tu as eu l'impression

que justement... ça chatouillait quelque part ou ça faisait mal?


R.M:: Oui ça faisait très, très mal.


M.M.:: Est-ce que ça apaisait"..." la peine que tu avais?


Tu as eu "..." en fait comment...
Comment tu vis "...". Ça répondait à ce que tu voulais, ça réveillait d'autres choses, ça t'a laissée où? R.M:: Honnêtement je ne savais pas ce que je voulais en retournant.

Je sais surtout que je voulais que mes enfants sachent d'où on vient.


Surtout que le plus vieux il commence à poser des questions, il veut comprendre.


Et je ne voulais pas qu'il se sente balancé peut être, pas se sentir balancé, mais je


voulais qu'il vive ça de l'intérieur.
C'est beaucoup comme ça qu'on l'a pensé. Notre retour là-bas, aller montrer aux enfants leurs origines, qu'ils sentent, qu'ils voient

mais en même temps c'était déchirant parce que...
M.M.:: Parce qu'en même temps tu le vivais en même temps que les enfants, tu n'as pas eu le temps de le vivre avant. R.M:: Oui puis ils s'en vont là, puis je sais pas tes enfants mais mes enfants en famille,

ils ne savent pas ça c'est quoi avoir un grand parent.
Ben ils savent, nous on a des grands parents adoptifs ici là qui nous ont adoptés.

Mais ce n'est pas ton sang, ils nous adorent.
Ils nous aiment beaucoup, nous aussi, mais avoir un grand parent puis poser des questions. Pis ils savent que leurs grands-parents sont décédés pendant la guerre.

Oui ils savent mais.
Dans le fond leur grand-parent paternel est décédé en 90 des suites de la guerre en

prison.
Et ça pour moi c'était déchirant. Je les amène voir qui, voir quoi? Je les amène où, chez qui parce que sérieusement là je te dis; je le dirais à quelqu'un,

il penserait que je ne suis pas bien mais ce n'est pas chez moi.
M.M.:: Je le comprends [en chuchotant]. R.M:: Pour moi ce n'est pas chez moi. C'est ailleurs. Oui je suis née là, oui je parle la même langue que les gens-là, la même langue et

encore.
Et oui "..." Mais bien sûr on est arrivé puis bon je ne sais pas ce que ça m'a fait

Je ne peux pas décrire l'émotion mais je n'ai pas fait wow.
Je n'étais pas profondément malheureuse. Quand on est arrivé, bon ok, on arrive, on arrive. On est à l'aéroport. Oui je l'ai connu l'aéroport déjà. La première journée ça a été comme ça. Puis là on s'est retrouvé avec le grand frère de Charles. Parce que c'est lui qui habite à Kigali. Et pour les enfants c'était très bien parce qu'il y avait de la chaleur, ils retrouvaient,

ils ont retrouvé des cousins.
Ils ont retrouvé "...". Bon au moins un oncle, une tante mais quand on est allé

à Butare, ça, ça était le comble.
D'abord on ne connaît personne là-bas [rires]. En tout cas on ne connaît personne là-bas. On connaît l'oncle de Charles. Il y a une maman, une vieille maman qui habitait chez Charles depuis longtemps là, qui est

toujours là; et quelques personnes.
Nous on est né là-bas dans cette ville-là. Tu faisais un pas, tu rencontrais quelqu'un que tu connais, tu faisais un autre pas, tu rencontrais. Tellement que parfois tu trouvais des petits chemins pour ne pas parler aux gens. On est allé là-bas, on était des étrangers. Alors l'autre chose qui m'a profondément détruite "...". Donc je t'ai dit, nous

on est né à Rubona puis mon père s'est construit une maison pas très loin de là-bas.
Et quand il y a eu la guerre, ils ont tout détruit. Et comme on n'est pas retourné, il y a rien c'est la brousse.

Et là quand on est allé, j'essayais de voir mais oh...


C'est la?
Puis là on est passé puis on a dépassé. Puis là j'ai dit à Charles, non c'est trop loin de chez moi, c'est pas ici.

Puis là il y avait, y avait une haie de ciprès autour là.


Mais c'est devenu des arbres.
Mais moi c'est l'image que je recherchais et là on a dépassé un peu.

Puis là j'ai dit:: "arrête toi là je vais marcher".
Puis là on s'est arrêté, j'ai marché pour retourner voir. Et là j'ai vu que c'était là. Mais ça m'a "...".Et quand je suis arrivée, ma grand-mère et ma mère leur tombe était

là.
Je les ai cherchées.

Il y en avait plus [chuchote], il n'y'avait plus rien.


Parce que quand ils ont détruit, oui la fondation de la maison je la, on me montrait là puis


je pouvais toucher, je pouvais voir.
Parce qu'ils ont détruit mais la fondation est là. Mais ils ont détruit et ils ont pris des pierres tombales aussi. C'est pas des humains. Tu sais... Qu'est-ce que... tu sais des fois tu te dis "...":: ce qui s'est passé, moi je ne

garde pas la haine pour garder la haine.
Mais quand tu reviens à ces choses-là tu te dis:: "mais il y a quelque chose qui ne

passe pas "..." qui ne marche pas en tout cas dans...".


C'est au-delà de ce que l'animal peut faire.
Qu'est-ce que tu veux faire avec les pierres de la tombe.

Tu tues les gens, tu détruis leurs choses et tu détruis les morts aussi!


Ça, ça m'a vraiment fait quelque chose.
Et bien sûr je suis allée visiter l'endroit où on dit qu'on a placé, je ne sais pas

si c'est mon père mais tu sais qu'il y a des tombes partout en Afrique [rires].


M.M.:: Au Rwanda.
R.M: Au Rwanda. Pas en Afrique. Mais au Rwanda dans toutes les régions il y a des endroits spéciaux pour des mémoriaux.

Pour la mémoire des gens.
Mais ça aussi mon Dieu penser que la personne qui est là n'est peut-être pas là. En tout cas quand je suis allée à Butare c'était difficile.

C'était tellement difficile qu'on a couché là une fois, la deuxième journée, on a


dit: "non, ça ne marche pas, on s'en va à Kigali, c'est beaucoup mieux" [rires].
Et on est retourné mais quand on est retourné, je voulais aller récupérer les choses.

Je voulais aller faire inscrire les terrains.
Alors j'ai couru dans toutes ces choses-là. Je n'ai pas eu le temps mais en même temps, je ne voulais pas dormir là-bas.

Ça me détruit parce que t'es là, tu as l'impression d'être chez toi, t'es pas chez


toi, t'es nulle part.
Personne ne te connaît. Alors pour moi c'est très dommage.

Puis je suis retournée justement voir à Rubona où on habitait il y a plus rien.


En tout cas, je ne sais pas ce que les enfants ont senti à travers moi mais vraiment c'est...


Ce n'est pas imaginable.


C'est un feeling un peu...
Tu sais parfois tu te dis:: "ok les gens sont morts je le sais, on passe à autre chose"

mais est-ce que retourner m'a permis de refermer la boucle?
Bien sûr je ne veux pas refermer la boucle. Je crois que personnellement je crois que ce qui s'est passé, on va vivre avec toute

notre vie.
"..." Puis fermer la boucle ça serait peut-être oublier ces gens-là. Ça serait peut-être penser que... Non je pense ce qu'on ne va pas refermer c'est vraiment profondément ancré. Mais voilà ça m'empêchera pas d'y aller. Mais ce n'est pas une priorité pour moi. Je vais peut-être y'aller parce que les enfants vont me le demander de plus en plus.

Mais dans mon cœur il y a quelque chose brisé avec ce pays-là malheureusement là.
Même si logiquement, je comprends toutes ces choses-là. Mais il y a quelque chose de brisé. Je me sens pas, tu sais les gens veulent aller vivre là-bas.

Il y a des gens qui veulent aller évoluer là-bas, faire des choses là-bas.


Je ne ressens pas ça.
Je n'ai pas d'effort à faire. Je le ressens pas [rires]. Et je me suis pas reconnue non plus dans "...". Non là les personnes que j'ai rencontrées là

que j'ai connues avant la guerre, on a connecté.
Et ce qui m'a permis de passer mes vacances agréablement c'est ça un peu.

Et parce que je connais bien la famille de Charles.
Ses sœurs, il y a deux sœurs qui habitent à l'étranger, une qui habite au Kenya et

l'autre qui habite en Angleterre.
Et elles étaient en vacances en même temps que nous. C'est comme mes sœurs. Et ça si elles n'étaient pas venues, j'aurais trouvé ça drôlement moche. Mais sinon les autres je me sens pas [rires].

C'est dommage hein.
M.M.:: [Rires] Mais c'est la réalité. C'est la réalité comme tu dis et on vit avec. R.M:: Oui mais les autres y vont puis et ils ont du plaisir; sérieusement des fois je me demande ce qui ne va pas dans mon cœur. M.M.:: Ce n'est pas vrai. R.M:: [rires] Ce n'est pas ton cas. Ça me rassure. M.M.:: Non ce n'est pas parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Je me dis c'est "...". C'est une façon de vivre différente aussi peut-être. R.M:: Oui. M.M.:: Il y'a celui qui va te dire que moi je vais vivre là-bas.

C'est peut-être une façon de reconnecter.
Si je ne vis pas là, là [tapote sur la table]. Là où je les ai vus la dernière fois, ça ne va pas. Puis l'autre va te dire je ne veux pas aller plus loin. R.M:: Oui. M.M.:: Je pense que "...", tu ne peux pas te dire qu'il y a quelque chose qui ne va pas. R.M:: Non ce n'est pas grave, c'est pas quelque chose qui m'empêche de vivre quand même. M.M.:: [Rires] R.M:: On arrive à passer à travers.. M.M.:: Là j'étais en train de t'écouter et je me dis derrière tout ça, on a quand même des enfants qui sont en train de grandir.

Qui te voient dans cette bataille intérieure, qui t'ont vue là-bas, qui sont assez grands
pour comprendre et se poser des questions. Puis il y a des questions qui vont se poser ouvertement et il y a aussi le devoir de leur

dire quelque chose.
Comment est-ce qu'on transmet cette histoire. Cette réalité aux enfants? R.M:: Bonne question [prend une gorgée d'eau]. Je crois qu'on la transmet malgré nous mal [rires]. En tout cas dans mon cas, on s'est pas mis à leur dire:: "les choses se sont passées

comme ceci, les choses se sont passées comme ceci".
Quand ils se posent des questions, j'essaye d'être honnête, j'essaye de leur répondre

clairement.
Mais les questions n'ont pas été abondantes avant l'année dernière. Bien sûr qu'il y a les plus jeunes, les questions tournaient autour des grands parents.

Où sont les grands-parents?
Est-ce que les grands-parents sont décédés? Comment sont décédés? Dans la guerre pendant la guerre. Ça tournait autour de ça mais les nuances n'étaient pas très claires. Et là on est allé en Afrique.

Et c'est peut-être la bonne chose-là qui va nous aider à transmettre cette histoire-là.
Parce qu'il va falloir qu'on la transmette que l'on veuille ou non.

Et bien sûr ils n'auraient pas vu tout ça mais par exemple...
Par exemple on est allé au mémorial de, celui de Kigali où tout le monde va.

Et Tristan tenait à y aller.
Bien sûr il est adolescent, il commençait à se poser des questions avant d'y aller.

Premièrement il se fait poser des questions de quelle origine il est, ici.
Et il doit répondre qu'il est rwandais. Mais il réalise qu'il ne connaît pas tout du Rwanda. Et donc il revient, il repose les questions. Et là quand on est allé, il a dit:: "maman je veux aller voir". On n'était pas certain de vouloir l'amener là-bas. Finalement moi je suis allée, on est allé d'abord Charles et moi ensemble.

Et finalement "..." on s'est dit:: "pourquoi pas".


Et je l'ai amené là.
Il a tout lu, tout entendu. Tout vu. "..." Je ne sais pas comment, il a compris. C'est bien difficile, il faudrait aller avec une caméra spéciale dans sa tête.

Et puis là il est resté profondément calme après.
Et il s'est mis à poser des questions ensuite.

Puis à faire des liens puis à vouloir savoir pourquoi tel hutu, il est arrivé telle chose.


Mais telle personne c'est votre ami et comment ça se fait.


Et je crois qu'il en a appris énormément.


Bien sûr il y a des zones floues, beaucoup, beaucoup de zones floues.
Moi j'ai un petit livre ici. Qu'on m'avait demandé de lire et de commenter. C'est un québécois qui l'a écrit, le titre c'est "mon père est Hutu, ma mère est

Tutsi". Mais c'est un livre destiné aux jeunes.
C'est un livre jeunesse. Et il traîne ici depuis parce que moi j'ai écrit mes commentaires à la maison d'édition

et puis on me l'a offert en cadeau.
J'en ai deux ou trois. Et il trainait là, je voulais le laisser trainer pour qu'il le lise mais il ne l'avait pas lu. Mais là cette année, il l'a lu, il est revenu, il l'a lu. Et puis ça lui permet de poser des questions. Pour le plus jeune c'est plus ou moins j'ai l'impression que pour l'instant ça l'intéresse plus ou moins. Lui il a pris le côté positif de là-bas, il y a de la famille là-bas. C'est bien intéressant, il garde ça dans son cœur. Mais ça va finir par se transmettre.

Cet enfant-là on allait partout, où il voyait la photo de son grand père, il prenait les


photos [rires] et gardait les photos.
Alors comment on arrive à transmettre. Bien sûr il y a ce qu'on transmet maladroitement à travers nous, à travers ce qu'on dit.

En leur faisant visiter en leur racontant l'histoire et puis on les laisse vivre et


poser leurs questions.
Ce n'est pas simple, je pense que c'est pas simple de transmettre cette histoire-là.

M.M.:: Puis la question de "..." on aimerait l'éviter mais on se l'est fait poser, de


réconciliation, de pardon, de tout ce qui tourne autour de ça?


R.M:: Moi je trouve que c'est de la politique c'est tout.


Moi je...
Réconciliation... Est-ce que quelqu'un y croit? D'abord un pardon c'est quelque chose qu'on demande donc qu'on est profondément conscient qu'on veut demander parce qu'on reconnaît que c'est important. Ce qu'on se fait dire les demandes de pardon, c'est plutôt imposer.

Et parfois on attend au lieu de demander pardon, ils se mettent à étaler là tout ce qu'ils


ont fait.
Je ne sais pas, moi je pense que ça a pas rapport comme disent les jeunes [rires].

Je n'ai pas besoin de pardon, je n'ai pas besoin de me réconcilier, je te dirais que


nos amis on en a tous, les tutsi et les hutu.
On a vécu ensemble, on est allé à l'école ensemble. On a tous ou presque, des amis hutu. Moi ce n'est pas compliqué j'en ai dans ma famille [rires]. Et je ne peux pas les ignorer c'est des humains. On est assez quand même intelligent pour se dire:: "il y a l'histoire, ce qui est arrivé

collectivement et il y a les individus et tout ceux qui, la plupart au moins, qui ont


pu "..." qui ont survécu, ont pu survivre parce que y a quelqu'un qui les a sauvés,


généralement c'est un hutu.
Et notre histoire est complexe mais je n'ai pas besoin de pardonner, de réconciliation. Il y a pardon, je crois que tout le monde le dit. Avant le pardon il y a la justice, donc rendons justice et puis le reste...le pardon.

Les gens vont finir par vivre ensemble, ils n'ont pas le choix.


Au Rwanda, ils vivent ensemble, est-ce qu'ils ont le choix?
Ils n'ont pas de choix. Est-ce qu'ils ont été, est-ce qu'on leur a demandé pardon? Est-ce que les Tutsi qui sont là, qui ont perdu leurs membres de famille, on leur a

demandé pardon?
Non. On a fait "...". Moi ça, ça me mettait en colère. Toute cette historique-là de pardon, de réconciliation, ça me mettait en colère.

Laissons faire, passons à autre chose.
Travaillez sur la justice, le reste on va vivre. C'est comme ça, moi j'ai pas besoin de pardon. J'ai même pas besoin de pardonner personne. Ils sont morts nos gens. Je pense que le plus grand pardon qu'on peut... peut-être "...". Je pense que le plus

important comme tu disais c'est garder la mémoire.


Transmettre quelque chose à nos enfants.
Mais il y a quand même une zone grise:: transmettre une histoire mais pas transmettre la haine.

"..." Tu sais ça me peine terriblement.
Moi je travaille avec les enfants, je travaille en éducation. Je pense que la tolérance c'est quelque chose d'extrêmement important. Mais transmettre notre histoire et la haine ça se chevauche beaucoup, beaucoup [rires].

Alors comment allons-nous faire pour vraiment dissocier les deux [soupire].


C'est complexe.
M.M.:: C'est ça le grand défi aussi. R.M:: Oui. Mais en même temps, il faut croire en la jeunesse. En leur capacité de réflexion. Ils sont beaucoup plus ouverts envers les autres que nous ne l'avons été.

Peut-être les verront-ils autrement [rires]..
M.M.:: [Rires] On va espérer le positif. R.M:: Oui. M.M.:: Je pourrais rester longtemps là-dessus mais je t'écoute là je me dis à part aujourd'hui

que je t'ai détruite, normalement tu es une personne qu'on voit souriante, forte, positive.


Je t'aurais rencontrée dans d'autres situations, je n'aurais pas pensé.
Qu'est qui te motive, qu'est-ce qui te fait vivre au-delà de tout ça?

R.M:: Ah la vie [rires].
La vie! Je ne sais pas moi "..." je me suis dit:: "on est au monde pour vivre". Pendant

qu'on y est, profitons-en.
Et puis en même temps c'est ce que je te dis. Que j'ai comme l'impression que tous ses gens-là vivent à travers nous. Ils auraient voulu vivre maintenant. Ils auraient eu probablement une belle vie. Ils ont vécu une belle vie, ils ont été honnêtes, il y'avait pas de raisons pour qu'ils finissent comme ça. Alors nous on a eu la chance de continuer. Alors je me dis si on a eu la chance de continuer, on n'a pas le droit de le faire autrement.

"..." Bien sûr, on rencontre des difficultés mais je crois qu'il faut toujours se ramener


à ici et maintenant.
Mais j'ai aussi eu la chance d'avoir des enfants. C'est sûr que ça, ça joue beaucoup, ça nous raccroche beaucoup, beaucoup, énormément

à la vie.
Je te dirais que j'ai eu quand même des supports. J'ai rencontré beaucoup de gens que sans le savoir, je te dis que j'ai des grands parents,

c'est un bon soutien dans ma vie.
C'est des gens qui nous aiment là, on a rien demandé. On dit souvent, moi j'entends des gens qui disent:: "ah le Canada, les gens ils sont

froids".
Ce n'est pas ça que je ressens [rires]. Bien sûr il y en a des gens froids. Bien sûr comme partout ailleurs mais moi j'ai beaucoup de gens qui m'aiment pour m'aimer

là.
Pour rien. Et je n'ai pas le droit de le faire autrement. Je ne sais pas ce qui me motive. J'adore la vie [rires]. M.M.:: Et tu vas répondre à la question, comment tu décris la Rita d'aujourd'hui? R.M:: Par rapport à quoi? À celle d'avant [rires]? M.M.:: Non je ne sais pas, la Rita que je vois devant moi. R.M:: Mon Dieu tu me poses toute une question.

Je ne me la suis jamais posée.
C'est selon les contextes. Mais moi je suis profondément authentique quand même je crois. Je crois que je suis la même. Tu sais quand je me vois enfant, ce qui m'tapait sur les nerfs, me tape encore sur les nerfs.

Quand je te disais tantôt ce que j'aimerais transmettre à mes enfants, d'être capable


d'être soi.
Je l'ai voulu quand j'étais enfant. Démontrer qui j'étais, ce que je voulais, comment je voulais le faire. Et je le suis encore. Mais selon les contextes, on s'adapte mais je reste la même personne. Là je suis une maman d'un certain âge [rires de tout le monde].

Qui a pris d'expérience.
Qui assume "...". Je crois que j'assume ce que je suis. J'ai eu la chance d'être bien entourée, je vis avec une personne que je connais depuis

longtemps, je suis suffisamment stable dans ma vie.
Et je crois quand même que ça déteint sur moi. "...". Tout compte fait ça fait de moi une personne forte. Et qui est bien dans sa peau et ça aurait pu être le contraire.

Mais je crois que notre histoire est une histoire malheureuse puis je veux dire au pluriel parce


que je ne suis pas la seule qui est quand même comme ça là.
Qui vit les choses comme ça. Mais ça nous a appris à foncer, à relativiser les choses, à recadrer, à se dire:: "je

peux rentrer par cet angle là et par ça.
Ça ne va pas bien ici, il y a peut-être moyen d'aller vers autre chose". De tout ce qu'on vit fait de nous ce que nous sommes. J'espère être la personne authentique que je voulais être. Mais je pense que je me sens terriblement bien et "..." M.M.:: Wow [rires]... On ne peut pas demander mieux [rires]...

R.M:: Oui [rires] M.M.:: S'il y avait un message à lancer aux


survivants de ce génocide, qu'est-ce que tu leur dirais ?
R.M:: De ne pas se prendre pour des victimes. "..." C'est vraiment très personnel. C'est très facile de se laisser aller en passant que oui on nous a démolis. Non! D'accord, on nous a démolis mais une fois que les choses sont là "...". Ça c'est

pas, ça je l'ai pas su depuis longtemps.
Je l'ai pas pensé depuis longtemps mais de plus en plus ça vient avec la vieillesse

et l'âge qu'on a et l'expérience et qu'est-ce qu'on fait.
Je crois qu'on a toujours un choix. Il se passe quelque chose, aujourd'hui, demain matin. On le vit comme on le vit. Mais on a le choix d'en faire ce qu'on veut. Donc pour les survivants on a le choix de pleurer nos morts et notre vie.

Oui on doit.
Mais si on choisit de jouer à la victime là.

Ça ne marche pas.
Mais rationnaliser ça et se dire:: "ok ça va. Mais j'ai encore de la force, j'ai encore une tête qui pense, j'ai encore de l'énergie,

j'ai encore des ressources ou au moins j'ai la tête pour aller chercher des ressources".
Ça je crois, en tout cas je crois pour les jeunes. Je pense que "...". Si j'arrive à donner un petit peu à mes enfants, à leur donner

envie de se dire:: "il y a une solution-là.
On peut aller ailleurs, on peut trouver autre chose, on peut passer en tout cas.

Il y a mille chemins mais il y a une solution au bout".
Je crois que c'est important. M.M.:: S'il y avait un message à dire à tout "..." On est là à Montréal, ou bien

au Canada, puis on côtoie les canadiens qui ont appris une chose ou une autre sur le Rwanda.


S'y avait un message à leur dire quelque chose, ça serait quoi?
R.M:: Ce serait de nous prendre pour des humains [rires de tout le monde].

Non mais "...". Tu sais quand les gens nous posent la question ''ah tu viens d'où''


? Et que la réponse c'est ''ah je viens du Rwanda''.
Il y a toujours un petit "..." un malaise. Et le malaise, il me dérange profondément. Le malaise, il me dérange profondément mais en même temps je comprends très bien. Mais moi les gens qui me côtoient, ils savent que je suis moi, puis que ça fait partie

de ma vie.
Mais que je suis une personne et que je vis un peu comme tout le monde.

Alors, c'est pour ça que je dis, nous prendre pour des humains.
Une fois que tu as fini de penser que la personne a connu le génocide, elle est pas folle, elle est autre chose. Et, elle en est pas, oui bien sûr on peut en être malade, on peut "..." Ça nous

atteint profondément.
Mais tout le monde vit des difficultés et puis ça peut-être une petite chose qui t'amène

très loin dans ta vie vraiment qui te démolit parce que t'as pas choisi de vivre.


Ça peut être gros et tu t'en sors.
Bien sûr on est différent, il y en a qui le prenne plus difficilement que d'autres. Il y en a qui arrivent à trouver des ressources plus facilement. Mais je crois que là-dessus "...". En tout cas nous les rwandais on doit quand même

beaucoup s'entraider là.
Du moins se soutenir. J'ai l'impression que ça manque.

Puis pas un soutien "..." ; mais là je suis allée dans une question que tu ne m'as pas
posée. M.M.:: "..." Je vais la poser, quel soutien? [Rires de tout le monde] quel soutien peut-on offrir?.

R.M:: Je ne crois pas c'est "..." Je ne sais pas c'est Charles qui l'a dit dans son


entrevue là.
Qui essayait de penser à comment nous nous entraidons. C'est vrai que nous avons tendance à aller aider ceux qui sont sur place au Rwanda.

Avant de "..." en tout cas de raffermir les liens, les maillons ici-là.


Je ne sais pas ce que veulent devenir nos enfants mais "..." mais s'entraider pour


que chacun puisse grandir.
Grandir peu importe la "..." pour avoir une ressource, savoir où passer "...". Ceux

qui arrivent..., comment on les soutient?
Bien sûr je ne peux pas parler beaucoup, je m'implique pas beaucoup. M.M.:: Autre façon. R.M:: Mais comment on soutient ceux qui arrivent? C'est vraiment s'adapter; quand on est en train de s'adapter, on n'y pense pas mais

s'adapter c'est extrêmement ardu.
Et autant là, tu me parlais comment les soutenir, les soutenir en leur montrant c'est quoi ici,

comment on vit ici, de quoi avons-nous besoin.
Comment grandir finalement et passer "...". On se le cachera pas là les pays occidentaux

quand on y vit, il faut avoir de l'argent, il faut avoir de l'argent.


Je n'exagère pas, des millions.
Mais il faut travailler minimalement. Sinon ça finit par nous rendre malade mentalement. Je crois qu'ils ont besoin qu'on les soutienne en leur montrant par où passer. C'est sûr ça se fait pas du jour au lendemain mais "...". M.M.:: Il faut un réseau qui "..." R.M:: Un réseau fort mais là aussi il y

a de l'espoir.
Parce que je trouve que la communauté commence "..." pas la communauté, les individus

se sont organisés quand même assez bien.
Quand on pense à ce qui s'est passé et quand on voit les gens vivre, travailler et évoluer, je me dis:: "mais que c'est quand même pas si mal". Mais il y en a d'autres que tu as l'impression qu'ils vivent au Canada mais qu'ils ont toujours

le pied au bout du monde.
M.M.:: Comment aller les chercher? R.M:: Je ne sais pas. Prochaine étape. M.M.:: [Rires] R.M:: Je ne le sais pas, c'est à réfléchir. M.M.:: Il y a la volonté mais il y a parfois aussi savoir qu'une personne est dans le besoin.

Mais il faut cherche comment faire finalement.
R.M:: Ça fait partie de notre culture. On n'est pas, je trouve qu'on n'est pas très honnête. Ça fait probablement partie de la fierté mais... M.M.:: Pas très demandeur. R.M:: Ben pas très demandeur. Ils demandent mais ils te diront pas la vérité nécessairement. Je ne sais vraiment pas, je n'ai pas de solution à ça.

Mais probablement que ça fait partie de la complexité de notre monde et tout ce qu'on
vit, de tout ce qu'on a vécu. Je n'ai pas de réponse. Mais je crois qu'il va falloir qu'on y pense. M.M.:: Un autre défi. R.M:: Un autre défi mais c'est pas très différent "...". C'est pas juste nous,

si je regarde les communautés Inuits.
Tous ceux qu'ils vivent comme problématique; il faut peut-être aller s'inspirer de ce

qui se passe ailleurs mais je n'ai pas de réponse.
M.M.:: On est quand même une communauté récente aussi. R.M:: C'est ça M.M.:: On peut espérer que ça va vieillir. R.M:: Ben en fait ceux qui s'en sortent, s'en sortent bien puis ceux qui s'en sortent pas, ça aussi c'est grave [rires]. Il y a comme pas d'équilibre. Il n'y a pas d'équilibre. Mais il faut pas lâcher, qu'est-ce qu'on peut dire?

M.M.:: Je me sens presque que vers la fin puis je me dis que peut-être parfois on se pose


les questions.
On se parle "...". Qu'est-ce que je t'aurais demandée, qu'est-ce que j'aurais oublié de demander que toi tu voudrais ajouter à ton entrevue? R.M:: Je ne sais pas [rires]. Je n'ai pas pensé. En tout cas même si tu m'as pas posé toutes les questions, je pense que j'ai abordé des

thèmes dont tu m'as pas parlé [rires], prochaine entrevue!
Je ne sais pas. Non ça va on a fait pas mal le tour.

Ce que j'aurais voulu raconter en termes "...". Je ne sais pas.


Comment j'entrevois l'avenir de mes enfants peut-être?
A travers tout ça. M.M.:: Ouais. R.M:: Mais la question n'a pas de réponses [rires]. M.M.:: [Rires] R.M:: Écoute, j'espère qu'ils vont être en mesure de déceler ce qui est le meilleur de nous. Et de notre culture. Et de la culture "...". Je vous racontais la dame qui dit:: ''quel pays tu portes''.

Qu'ils seront bien porter leur pays d'origine et leur pays... enfin leur pays d'accueil,


ils sont nés ici.
Mais "..." qu'ils vont être capables d'équilibrer tout ça pour être des personnes "...". Pour faire deux de bonnes personnes parce que je crois qu'il y a du bien dans

chacune des cultures.
Je leur souhaite vraiment qu'ils soient capables d'être ouverts au monde.

Je ne sais pas, je me dis tout le temps et je me repose la question:: ''qu'est-ce qui


nous a conduit là?
Qu'est-ce qui a conduit le peuple rwandais à s'entretuer, à en arriver là".

On n'est pas pire que les autres.
Je n'ai jamais trouvé de réponses parce que localement malgré tout ce qui se passait,

on arrivait quand même à vivre ensemble.


Mais "...". Être capable d'analyser, avoir le doute, réfléchir avant d'agir.


Je leur souhaite [rires].
J'espère qu'ils vont trouver ça. M.M.:: Et qu'est-ce qu'on peut te souhaiter à toi? R.M:: De vivre assez longtemps pour les voir grandir [rires de tout le monde]! Ça c'est pas compliqué. M.M.:: Est-ce qu'il y a quelque chose qu'il te reste encore plus difficile à réaliser?

R.M:: Plus difficile à réaliser qu'est-ce que tu veux dire?
M.M.:: Tu sais dans la vie tu as des ambitions, tu as des choses "...". Le cours de la vie comme tu le vois. R.M:: Mais je n'ai pas réalisé de grandes choses. J'ai juste réalisé "...", en tout cas. Ce qui est là ça me plaît bien. Mais je n'ai pas réalisé de grandes choses. M.M.:: Mais s'il te plaît bien déjà c'est beaucoup. C'est ça le but! R.M:: Mais c'est ça. Mais en fait je n'ai pas [ne suis pas?] extrêmement ambitieuse.

Mais j'aimerais juste pouvoir profiter de ce que j'ai, puis je pense que c'est tout.


Je pense qu'on a beaucoup pareil, à comparer....
Imagine avoir traversé tout ça quand tu regardes l'histoire, l'historique, mon récit, je suis partie de loin [rires]! M.M.:: Mais c'est ça! Mais c'est ça! [rires] R.M:: Nous sommes partis de loin quand même. D'être déjà une personne équilibrée "..." c'est énorme. M.M.:: Ouais, écoute je te souhaite de vivre longtemps [rires de tout le monde].

R.M:: [Rires] Merci.
M.M.:: "..." Pour les voir grandir et puis se réaliser puis exploiter le plus positivement

ce qui nous reste à exploiter finalement.
R.M:: Ouais [hochement de tête, acquiesce].